Internet en 1900

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Internet en 1900

© Seb Jarnot pour PM

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Cet article est issu du numéro 63 de Philosophie magazine « 63 - octobre 2012 », en kiosque le 28 septembre 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

« Grâce à la liberté des communications, des groupes d’hommes de même nature pourront se réunir et fonder des communautés. Les nations seront dépassées. » Friedrich Nietzsche, Fragments posthumes, XIII-883 - La Volonté de puissance, IV, 76

À quel aspect de sa pensée (ou à quelle disposition de son caractère) Friedrich Nietzsche doit-il d’avoir entrevu avec cent vingt ans d’avance l’une des conséquences de la révolution numérique ? Comment ce technophobe attentif à la lenteur, dont les contemporains se déplaçaient encore à cheval et dont les lettres mettaient parfois des semaines à atteindre leur destinataire, a-t-il deviné qu’un jour les hommes construiraient un réseau de communication si puissant qu’ils en viendraient, grâce à lui, et aux dépens des communautés nationales, à former des confréries sans frontières ?

À l’origine d’une telle prédiction se trouve paradoxalement une critique de la connaissance. Car c’est, aux yeux de Nietzsche, « l’instinct de la crainte » qui nous incite à connaître, plus précisément « la volonté de trouver parmi tout ce qu’il y a d’étranger… quelque chose qui ne soit plus pour nous un sujet d’inquiétude » (Le Gai Savoir, § 355 : « De l’origine de notre notion de connaissance »). Comme elle a pour fonction – ou pour raison d’être – de lisser les contours de l’inédit, de rendre la nouveauté supportable, toute connaissance se donne d’abord comme une reconnaissance, c’est-à-dire une méconnaissance de l’altérité. Tel un estomac qui assimile des aliments divers en excréments comparables, le goût de connaître réduit l’autre au même, le singulier au cas particulier, l’étrange au semblable et, cherchant son pareil dans le miroir que les autres nous tendent, assigne au monde redevenu monotone l’ennuyeuse tâche de nous montrer seulement notre propre image. Connaître, c’est digérer les différences pour supporter de vivre.

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