Polémique
“Islamo-gauchisme” à l’Université : et si l’on parlait du vrai problème ?
La ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation Frédérique Vidal sur le perron du palais de l’Élysée, le 30 octobre 2019. © Ludovic Marin/Pool/AFP
La ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation Frédérique Vidal a provoqué un tollé en déclarant, le dimanche 14 février sur la chaîne d’information en continu CNews, qu’elle souhaitait demander au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) une « enquête » sur l’« islamo-gauchisme » et le postcolonialisme au sein de l’université française. Deux jours plus tard, paraissait dans Le Monde une pétition signée par 600 chercheurs qui demandaient sa démission et, depuis, elle a mis un peu d’eau dans son vin mais s’efforce de tenir son cap.
Ce qu’il y a de piquant dans cette affaire, c’est que l’emploi du terme d’« islamo-gauchisme » est en lui-même typiquement islamo-gauchiste : il procède de la volonté de disqualifier idéologiquement ses interlocuteurs, en leur collant une étiquette grossière.
Dénoncer l’« islamo-gauchisme », à droite, c’est un peu comme se lancer dans des diatribes sans fin contre les méfaits du « mâle blanc hétérosexuel » à gauche – dans un cas comme dans l’autre, on invective davantage qu’on ne réfléchit, on mène une lutte contre un adversaire caricatural et non un effort de compréhension.
Et c’est dommage, car il y a derrière cette polémique une question passionnante : comment distinguer militantisme et recherche ? Le directeur de la rédaction de Philosophie magazine, Alexandre Lacroix, qui assure un cours à Sciences-Po Paris depuis 1998, propose cinq règles d’or à respecter pour assurer à tout travail, même engagé, sa valeur proprement scientifique.