International

Israël va-t-il devenir une “super-Sparte” ?

Temps de lecture : 9 min

Israël va-t-il devenir une “super-Sparte” ?

Syrie, le mardi 17 décembre 2024. Benyamin Netanyahou au sommet du mont Hermon. © UPI Photo via Newscom/Sipa

Cet article est réservé aux abonnés.

Faire d’Israël une “super-Sparte” : c’est ce que souhaite le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou. Avec quelles conséquences ? Retour sur un modèle politique qui a suscité, chez les philosophes, autant d’enthousiasme que de méfiance.


Le régime socio-politique spartiate est l’un des plus singuliers de l’Antiquité. La cité grecque est une dyarchie, c’est-à-dire qu’elle est dirigée par deux chefs, dont le pouvoir est essentiellement religieux et militaire. Les gérontes (conseil de 28 anciens formant la gérousie) élaborent les lois et jugent les affaires graves. Les cinq éphores, puissants magistrats élus parmi les citoyens, surveillent les rois, assurent l’ordre public et s’occupent des affaires étrangères. Ils disposent de certaines compétences judiciaires, mais surtout de l’essentiel du pouvoir exécutif : c’est ce qui se rapproche peut-être le plus de ce que les régimes modernes nomment gouvernement. 

À la base de ces institutions, on trouve l’Apella : l’assemblée des citoyens (en grec, homoioi, les « égaux ») qui vote, sans réel débat, les lois proposées par la gérousie. Les homoioi forment en réalité une petite élite : autour de huit mille personnes au Ve siècle avant notre ère, à l’apogée de Sparte. En dessous d’eux, on retrouve les périèques, hommes libres mais sans droits politiques, et surtout l’armée des Hilotes dont le statut s’apparente à celui des serfs, sans toutefois être assimilable à celui d’esclave. Ce sont eux qui font tourner l’essentiel de la machine économique de Sparte. Les citoyens, eux, participent à la chose publique, mais surtout – devoir autant que privilège – aux opérations militaires, qui occupent une place centrale dans la vie de la cité connue pour ses hauts faits guerriers. 

 

La guerre, pilier de Sparte

Sparte est en effet une société extrêmement militarisée. À la naissance, les nouveau-nés mâles sont présentés aux Anciens, et les plus fragiles, les infirmes, les mal formés – incapables de remplir leur rôle dans l’armée – sont éliminés. Dès l’âge de 7 ans, les enfants sont confiés à la cité. C’est là que commence leur éducation militaire, afin de faire d’eux de farouches hoplites, ces soldats d’infanterie de la Grèce antique. Les exercices sont quotidiens, épuisants. À 12 ans, ils entrent à la caserne, où ils apprennent le maniement des armes. On leur inculque une véritable « éthique du soldat » : résistance à la douleur, maîtrise des peurs, persévérance… Le développement de la solidarité, de la cohésion entre les futurs frères d’armes est au cœur de cette agôgè (« éducation »). Les jeunes hommes partagent les mêmes conditions de vie rudes : dortoirs inconfortables, repas communs… Ils apprennent à se confronter à la vue du sang, à mettre à mort sans remords. 

À 18 ans arrive la dernière étape avant l’accession à la communauté des citoyens : la crypte. Pendant une année entière, les aspirants citoyens les plus talentueux sont envoyés hors de la cité et doivent survivre par leurs propres moyens, sans aucune aide, pendant des mois. Platon décrit cette phase d’entraînement dans son dialogue Les Lois : « On envoyait un jeune hors de la ville, avec consigne de ne pas être vu pendant tel laps de temps. Il était donc forcé de vivre en parcourant les montagnes, en ne dormant que d'un œil, afin de ne pas être pris, sans avoir recours à des serviteurs ni emporter de provisions. C'était aussi une autre forme d'exercice pour la guerre, car on envoyait chaque jeune homme nu, en lui enjoignant d'errer toute une année à l'extérieur, et de se nourrir à l'aide de rapines et d'expédients semblables, cela de manière à n'être visible pour personne. » 

Cet article est réservé aux abonnés