Jan Patocka : le dissident

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Cet article est issu du numéro 29 de Philosophie magazine « 29 - mai 2009 », en kiosque le 30 avril 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Philosophe tchèque articulant phénoménologie et morale, signataire et porte-parole de la Charte 77, il a défendu les libertés et les droits de l’homme au péril de sa vie.

En août 1968, les chars des troupes du Pacte de Varsovie envahissent les rues de Prague. Auparavant, pendant quelques mois, la Tchécoslovaquie avait connu son « Printemps », avec l’instauration, par le réformateur Alexander Dubcek, d’un « socialisme à visage humain », libertés de la presse et de l’expression à la clé. Désormais, l’URSS de Brejnev impose au pays un processus de « normalisation » et la répression s’abat sur les milieux politiques, culturels et intellectuels.

Parmi les penseurs empêchés d’enseigner et de publier se trouve Jan Patocka, né en 1907, formé à la phénoménologie de Husserl et de Heidegger. Dans ses travaux philosophiques, il se concentre sur la notion de « monde naturel » comme champ de l’apparaître en tant que tel ; l’homme s’ancre dans ce monde selon trois « mouvements », en acceptant sa situation et l’existence des autres, en prolongeant ses activités dans le travail, notamment, et enfin en se découvrant soi-même. Patocka reprend le motif platonicien du « soin de l’âme » pour qualifier cette quête de soi, un soi envisagé comme personne morale et responsable. Or la moralité va de pair avec une affirmation inconditionnelle de la liberté contre ce qui la nie ; « la vie libre ne peut se déployer comme telle que dans [une] explication avec le péril affronté sans crainte » (Essais hérétiques sur la philosophie de l’histoire). Patocka éprouve cette articulation de la phénoménologie et de la morale en faisant le choix actif de la dissidence au moment de la normalisation de son pays. Il devient ainsi le signataire et l’un des premiers porte-parole (avec Václav Havel) de la Charte 77, une pétition qui enjoint le gouvernement communiste – lequel s’en est notamment pris au groupe de rock underground The Plastic People of the ­Universe, arrêtant plusieurs de ses membres en 1976 – à respecter les libertés et les droits de l’homme. Cet engagement vaut à Patocka, déjà interdit de séjour à l’université, d’être persécuté par la police. Après deux jours d’interrogatoire exténuants, il doit être hospitalisé le 3 mars 1977. Il écrit alors un message intitulé « Ce qu’est la Charte 77 et ce qu’elle n’est pas », où il soutient que c’est « la moralité qui définit l’homme » et qu’il s’agit toujours de « dire la vérité », même s’il faut pour cela « accepter d’être mal jugé » et de « courir certains risques »… Le 13 mars, il meurt d’une hémorragie cérébrale. Une semaine plus tard, dans Le Monde, Paul Ricœur lui rend hommage : « C’est parce qu’il n’a pas eu peur que Jan Patocka […] a été […] littéralement mis à mort par le pouvoir. »

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