Hommage

Jan Sokol, le philosophe dissident

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Jan Sokol en 2015

Jan Sokol en 2015. © Vojtech Vlk/CTK via AP Images/ Sipa

« La social-démocratie a un “boulevard”. […] L’accès à ce boulevard passe par une nouvelle place, au cœur de nos villes. Donnons-lui son nom. C’est la place Jan Sokol, en Europe. » C’est par ces mots que le philosophe Frédéric Worms rendait récemment hommage dans Libération, à son confrère tchèque, disparu le 16 février dernier. Jan Sokol est peu connu en France – et quand il l’est, c’est d’abord pour son rôle dans la dissidence tchèque contre la dictature communiste, et pour son combat politique pour la social-démocratie qui le fit nommer ministre de l’Éducation de la République tchèque. Il fut, pourtant, aussi, un philosophe d’envergure, convaincu que la pensée n’est pas grand-chose si elle ne s’engage pas dans le monde, dans la communauté humaine.

Découvrons-le !

 

  • Jan Sokol a eu plusieurs vies avant de devenir l’un des plus importants intellectuels tchèques : né en 1936 à Prague, il suit d’abord une formation d’orfèvre avant de se lancer dans des études de mathématiques et commencer, en 1964, un travail de programmeur informatique – son intérêt pour les ordinateurs et le numérique le suivra jusqu’à la fin de sa vie, au point qu’il deviendra un participant actif de l’encyclopédie collaborative Wikipédia.
  • Ce versant technique, Sokol sut le concilier avec sa passion jamais démentie pour la philosophie – qu’il commence à enseigner en 1990. Ses lectures sont déjà une forme de dissidence, intellectuelle : au matérialisme dialectique d’un régime communiste athée qui ne pense qu’à l’économie, Sokol oppose le personnalisme d’Emmanuel Mounier, le spiritualisme de Bergson, l’éthique des penseurs juifs Franz Rosenzweig et Emmanuel Levinas, l’existentialisme de Gabriel Marcel ou encore la phénoménologie, qu’il découvre par le biais de son beau-père, Jan Patočka, et qui explore la vie intime de la conscience. 
  • De ces lectures, Sokol tire une conviction : il faut défendre la singularité et la richesse de la personne humaine, contre toutes les forces qui tentent de l’écraser. Un engagement philosophique qui est, tout autant, politique : la philosophie n’est rien si elle ne nourrit pas l’action. En 1976, il est ainsi signataire de la Charte 77, une pétition de dissidents protestant contre le processus de « normalisation » par lequel les dirigeants communistes autoritaires tentent de reprendre en main la société civile. Un engagement que Patočka paiera, finalement, de sa vie.
  • Après l’effondrement du régime communiste et les premières élections libres, Sokol est élu, en 1990, à la Chambre du peuple de l’Assemblée fédérale tchécoslovaque. Bien implanté dans le paysage politique, il devient ministre de l’Éducation en 1998, avant de perdre de justesse contre Václav Klaus dans la course à la présidentielle de 2003. Fervent défenseur de la social-démocratie et d’un humanisme pluriel, son héritage reste considérable en République tchèque.
L’héritage intellectuel de Jan Sokol
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