L’esprit du sport
Jeux paralympiques : “On n’est pas des super-héros mais des athlètes”
La Britannique Hannah Cockroft participe à la finale du 800 m (T33) d'athlétisme lors des Jeux paralympiques de Tokyo 2020, le 4 septembre 2021. © Kazuhiro NOGI / AFP
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Le judoka Teddy Riner a récemment qualifié les parathlètes de « super-héros », ce qui a suscité une polémique. Pourquoi ce qualificatif apparemment flatteur est-il maladroit ? Réponse alors qu’a lieu ce soir la cérémonie d’ouverture des Jeux paralympiques.
4 400 athlètes en lice dans 549 épreuves se réuniront à partir du 29 août pour ce second temps de l’olympisme : les Jeux paralympiques. Les organisateurs – notamment en proposant une affiche unique – ont tout fait pour que cet événement ne soit pas vu comme un moment à part, différent du premier. Mais dans les faits, les choses sont plus complexes. Les jeux paralympiques possèdent leur propre cérémonie et leurs propres règles. De leur côté, les parathlètes, moins connus et moins rémunérés, sont certes de grands sportifs mais ils sont aussi considérés comme des « exceptions », voire des « superhéros », un qualificatif récemment employé par le judoka français Teddy Riner. La réponse du parabasketteur Sofyane Mehiaoui ne s’est pas fait attendre : « On n’est pas des super-héros, on est des athlètes. Donc, venez nous voir parce qu’on va faire des performances, on va faire des exploits sportifs, c’est pour tout ça qu’il faut venir nous voir », a-t-il argué dans une Story sur Instagram.
En finir avec l’héroïsation
On pourrait de prime abord penser que l’héroïsme est valorisant. Mais cette comparaison entre les athlètes paralympiques et les « superhéros » est aussi une manière d’en faire une catégorie de sportifs à part, en insistant implicitement sur leur handicap plus que sur leur performance sportive. Cette héroïsation est une forme de maladresse qui porte un nom dans les études sur le handicap (les disability studies) : la « supercripization », qui consiste à désigner une personne handicapée comme un « supercrip », que l’on peut traduire par « super infirme ». Les chercheurs Hang Gao et Arnaud Richard définissent cette attitude comme une « mise en scène de personnes en situation de handicap comme héros pour avoir réalisé des tâches considérées comme impossible pour eux ». (Philosophie du sport, Olympisme et paralympisme, Vrin, 2024).
“Les personnes handicapées sont parfois sommées de porter une exigence littéralement surhumaine, alimentant les récits extraordinaires et ‘inspirants’ destinés aux personnes valides”