Joyeux drille ou triste sire ?

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Cet article est issu du numéro 63 de Philosophie magazine « 63 - octobre 2012 », en kiosque le 28 septembre 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Très tôt, Spinoza a fait de la joie l’aimant de sa vie. L’incipit de sa première œuvre, le Traité de la réforme de l’entendement (laissé inachevé), en atteste : « Quand l’expérience m’eut appris que tous les événements ordinaires de la vie sont vains et futiles, […] je me décidai en fin de compte à rechercher […] quelque chose dont la découverte et l’acquisition me procureraient pour l’éternité la jouissance d’une joie suprême et incessante. » Ce fragment condense l’itinéraire d’un jeune homme né à Amsterdam en 1632 qui reprend le négoce familial à la mort de son père avant d’abandonner le business et la quête du profit éphémère. La décision radicale de poursuivre une « joie sans mélange et sans tristesse » entre aussi en écho avec la haine dont il a été la cible : en 1656, Spinoza est exclu de sa communauté juive d’origine ; le texte de son excommunication, le herem, est une litanie d’anathèmes. Les raisons du bannissement demeurent obscures : le herem mentionne les « mauvaises opinions » et les « hérésies » du damné, qui n’a alors rien publié. Mais il semblerait que Spinoza ait précocement nié l’existence d’un Dieu transcendant, créateur et juge. Comme il le soutiendra par la suite, déclenchant les foudres des théologiens, son Dieu, c’est la nature.

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