Julia Kristeva. « Couper le fil de la tradition »

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Cet article est issu du numéro 22 de Philosophie magazine « 22 - septembre 2008 », en kiosque le 22 août 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

« Si le besoin de croire et le désir de savoir sont inhérents à l’être parlant, puis-je les vivre sans brûler mes affects en illusions, sans enfermer ma raison en calculs ? Tu peux penser “je crois”, “je sais” et “je doute” : tel est le legs de la sécularisation. À condition de lui restituer ces temps forts que sont les révolutions voluptueuses des Lumières, dont les logiques inconscientes ont été révélées par un docteur juif de Vienne, à la veille de la Shoah.

Cessons de “nous faire dévots” de la religion et du savoir par “peur de n’être rien” (Voltaire). La civilisation grecque-juive-chrétienne est la seule qui, de rupture en rupture, perdure tout en “rompant le fil de la tradition” (selon le mot de Tocqueville et de Hannah Arendt). Nous savons aujourd’hui que ce “fil rompu” déclenche d’extravagantes libertés dont la plus précieuse, la liberté de pensée, est un risque majeur si nous ne sondons pas les bénéfices du “fil”.

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