Japon / Théorie politique

Kohei Saito : Marx au pays du Soleil levant

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Kohei Saito : Marx au pays du Soleil levant

Kohei Saito. ©  Kenshu Shintsubo

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L’ouvrage de Kohei Saito, Moins ! La décroissance est une philosophie, vient de paraître au Seuil. Le philosophe, véritable star au Japon, réunit communisme et écologie. Explications.

Vous n’avez peut-être jamais entendu son nom, mais au Japon, c’est une rock star. En 2020, en pleine pandémie, Kohei Saito écoulait 500 000 exemplaires de Hitoshinsei no Shihonron (« Le Capital dans l’Anthropocène »). L’ouvrage vient de paraître en français sous le titre Moins ! La décroissance est une philosophie (Seuil), et sa thèse frappe par son originalité old school : l’antidote aux maux du capitalisme ne serait autre que… le marxisme. C’est en étudiant des inédits tardifs de Karl Marx que Saito commence à imaginer un « communisme décroissant », construit autour de la démocratie participative et de structures associatives de gestion des communs. En le rencontrant en 2024, on comprend que Saito a depuis mis de l’eau dans son vin. « Je prônais quelque chose comme une “révolution des communs”, contre les modèles étatiques. Mais le projet sur lequel je travaille en ce moment essaye de repenser un rôle pour l’État, à travers la planification écologique. » Depuis un an, il est en effet chercheur associé au New Institute à Hambourg, un centre de recherche fondé par Erck Rickmers, homme d’affaires allemand rattaché au parti social-démocrate (SPD). Il travaille à mettre en place des solutions concrètes… et s’est éloigné de certaines de ses conclusions les plus radicales. « À elles seules, des associations et des organisations locales ne feront pas plier l’industrie fossile. On a besoin de plusieurs plans d’action. » Son utopie communiste, décroissante, décentralisée et proto-étatique, en prend un coup. Il convient de réformer la gestion des métropoles et de produire des alternatives désirables démocratiquement par la majorité plutôt que de s’entêter à construire des utopies sécessionnistes ou à imposer des ruptures par le haut. Car Kohei Saito est surtout pragmatique. Selon lui, « la théorie, à elle seule, ne peut pas résoudre cette tension entre la temporalité propre à la démocratie et celle de l’écologie. Elle se résoudra par la pratique : il faut essayer, expérimenter. » Il conclut d’ailleurs son livre par un chiffre : 3,5 %. Il suffit que 3,5 % d’une population s’engage dans un mouvement de revendication non violent pour que cette société en question connaisse des changements. La révolution des 99 %, ce n’est pas pour demain, mais ça, on peut bien y arriver !