Face à Sempé

Pognon sur rue : le regard de Boris Cyrulnik sur un dessin de Sempé

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“— C'est si beau que, dans ces moments-là, un seul mot peut venir à l'esprit : pognon...”

“— C'est si beau que, dans ces moments-là, un seul mot peut venir à l'esprit : pognon...” © Jean-Jacques Sempé © Denoël/Éditions Martine Gossieaux

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Cet article est issu du Hors-série n°N° 55 de Philosophie magazine « Sempé (1932-2022) », en kiosque le 27 octobre 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

« Quand le sage montre le soleil, l’imbécile regarde le yacht… » Certains, confondant le coût et le goût, prennent le clinquant pour le beau, l’or pour l’art. Boris Cyrulnik, qui préfère les couchers de soleil, commente un dessin de Sempé.

 

Rien n’est plus beau que la ficelle dorée d’un paquet-cadeau ! Avouez ça en public, et vous serez ridicule jusqu’à la fin de vos jours.

J’adore les couchers de soleil (les levers aussi, mais j’ai moins l’occasion d’en voir). Avouez ça en public… ! Cette beauté puérile, donc primordiale, n’a pas de valeur puisqu’elle est gratuite. Elle est même banale puisqu’elle appartient à tout le monde : il suffit de lever les yeux vers un soleil couchant. Pour certains, c’est un non-événement. Est-ce à dire qu’un objet doit être coûteux pour déclencher un sentiment de beauté ?

Que l’on soit riche ou pauvre, le luxe est l’assurance de provoquer une sensation d’événement : un ventre de propriétaire impressionne les affamés. Dans un flot de voitures on voit mieux celle qui, par son luxe, sort de la masse anonyme. « Celui qui possède cette merveille mécanique témoigne de sa manière de vivre au-dessus du petit peuple », dit cette voiture sémantique dont on ne voit pas le conducteur.

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