Opéra

“La Bohème” : l’amour filant

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“La Bohème” : l’amour filant

La Bohème, De Giacomo Puccinià l'Opéra Bastille.Direction Domingo Hindoyan, mise en scène Claus Guth. ©Monika Rittershaus/OnP

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Cet article est issu du numéro 193 de Philosophie magazine « À quel moment je m'engage ? », en kiosque le 25 septembre 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

« La jeunesse n’a qu’un temps ! », et Giacomo Puccini en fait le motif de sa Bohème. L’opéra créé en 1898 s’inspire des Scènes de la vie de bohème de l’écrivain Henry Murger. Il brosse les espoirs déçus d’un peintre, d’un poète, d’un musicien et d’un philosophe, et met en musique le sentiment du bonheur fugace, des amours fanés et des illusions perdues. « Ah ! comme c’est triste, mon ami, de voir derrière soi le bonheur auprès duquel on est passé jadis sans le voir ! » s’écrie Mimi, l’amour expirant du jeune Rudulfo. Elle est l’héroïne tragique de cette courte pièce, brossant le tableau d’une « vie charmante » et « terrible », propre à la jeunesse – la bohème a été thématisée un siècle plus tôt, en marge des Lumières, pour décrire les écrivains relégués en dehors du circuit de l’édition, dont Voltaire dit qu’ils « vivent de rimes et d’espérances, et meurent dans la misère ». Claus Guth en propose à l’Opéra de Paris, sous la baguette du chef Domingo Hindoyan, une mise en scène radicale. Il s’écarte du livret, des mansardes parisiennes et des bistrots du Quartier latin à Paris, au risque de l’anachronisme… mais prend son sujet au sérieux : la nostalgie ! Les quatre actes se déroulent d’abord dans une station spatiale en déroute, puis à la surface d’une planète froide. Les anciens amants – portés par une distribution exemplaire – y fantasment leur jeunesse passée, ramenée sur scène sous forme d’hallucinations. Avec sa scénographie impressionnante, le metteur en scène rappelle aussi, comme l’a démontré l’historien Thomas Dodman, qu’avant d’être une maladie du temps, la nostalgie a été une maladie du lieu, celles des déracinés, qui pouvaient littéralement en mourir. Une émotion mortelle !

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