À voir sur scène
La Bouche Cabaret : et si vous donniez votre langue au chant ?
" La Bouche" la structure autogérée par les quatre artistes Mascare, Soa de Muse, Bili Bellegarde et Grand Soir. ©Vlad Stefann
Mêler grand soir et soir de fête ? C'est le projet poétique, politique… et irrésistible de La Bouche Cabaret, qui propose pour la scène un défilé joyeux, hétéroclite et haut en couleur (à dominante rouge très vif) que vous présente Cédric Enjalbert.
« Qu’est-ce qu’un jour de lutte qui prend un air de fête ? Le 1er mai, certes… mais aussi un soir au cabaret ! La Bouche – cette structure autogérée par les quatre artistes, Mascare, Soa de Muse, Bili Bellegarde et Grand Soir – embrasse d’un même geste l’amour et la subversion, la politique et la poésie, qui leur reviennent des “luttes passées”. Un piano sur scène, des habits de lumière et un micro sur un pied suffisent à ces quatre talents pour nous emporter.
Laissez-nous danser, chanter…
Dans leurs compositions bizarres, des poèmes communards interprétés à l’autotune côtoient une reprise de Dalida. Laissez-nous danser, chanter, aimer en liberté prend chez eux la forme d’une profession de foi. “Nous savons la force qu’il faut pour s’aimer, et qu’il faudra toujours rêver, et que la liberté s’arrache”, chantent d’ailleurs Bili Bellegarde et Grand Soir dans un duo émouvant.
“Fiction du panier” haut la main !
Dans ce cabaret hétéroclite, En surface d’Étienne Daho s’accorde au “temps des cerises”. Purple Rain de Prince laisse place à une variation sur la théorie littéraire d’Ursula Le Guin. L’autrice américaine, célèbre pour sa fable de la “fiction du panier”, montre comment nos narrations ont modelé une vision du monde prédatrice – sur la modèle de la chasse au mammouth – qui n’a pourtant rien de nécessaire.
À contre-courant majoritaire
De tels spectacles donnent corps à une alternative, à ce courant “minoritaire” dont parle Gilles Deleuze : c’est-à-dire qui échappe à un “modèle d’identification majoritaire”. Lipsync, danses, chants, poèmes et improvisations combinés avec humour et talent, ardeur et conviction, affirment une liberté de ton non conformiste qui provoque un significatif appel d’air.
Ne jamais aimer à moitié
L’émotion gagne par exemple quand Grand Soir brode sur le mythe d’Aristophane qu’évoque Platon dans Le Banquet, selon lequel nous recherchons la vie durant l’âme sœur, la moitié dont nous avons été séparé originellement par une punition divine. D’un, nous aurions été littéralement été coupés en deux. Sous un nouveau jour queer, ce mythe platonicien devient la métaphore d’une universelle quête d’amour et un appel à ne jamais cesser d’aimer, sous toutes les formes, comme une hygiène et une discipline. Quoi d’autre ? »
La Bouche Cabaret, avec Mascare, Soa de Muse, Bili Bellegarde et Grand Soir. À voir en tournée en France. Infos pratiques.
➤ Ce texte est issu de notre newsletter hebdomadaire « Par ici la sortie » : trois recommandations culturelles, éclairées au prisme de la philosophie, chaque vendredi à 18h. Abonnez-vous, elle est gratuite !