Réchauffement climatique

La conversion qui dérange

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La conversion qui dérange

Michael Shermer (cc) Dave Fayram / Flickr

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Cet article est issu du numéro 46 de Philosophie magazine « 46 - février 2011 », en kiosque le 27 janvier 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

À RELIRE. À l’heure où les climatosceptiques partent en campagne, le parcours de Michael Shermer est exemplaire. Ce philosophe des sciences est le plus célèbre des sceptiques américains. Il raconte comment il s’est converti aux thèses des écologistes sur le réchauffement climatique après les avoir combattues

Pourquoi avez-vous commencé par vous méfier des thèses sur le réchauffement climatique ?

Je dois d’abord dire que les thèses mises en avant par les écologistes depuis, disons, les années 1970, ont été à ce point et si souvent contredites par les faits que le réchauffement climatique semblait d’abord n’être qu’un nouvel épisode dans la longue série des prophéties catastrophistes ayant marqué ce mouvement – à l’instar de cette surpopulation annoncée dont on disait qu’elle devait nous conduire irrémédiablement, dès les années 1990, à une famine planétaire, ainsi qu’à l’épuisement de minéraux et métaux vitaux, et du pétrole. Mais j’ai ensuite consulté la littérature scientifique, directement à ses sources premières, en m’intéressant à des affirmations spécifiques, tout particulièrement celles qui concernent l’accroissement de la température de la Terre et sa corrélation avec les gaz à effet de serre. C’est d’abord cet examen de la littérature scientifique pertinente qui m’a amené à changer de position, en 2006. Je décrivais mon parcours en disant notamment que les systèmes de croyance, tout comme l’écosystème terrestre, peuvent avoir un point de basculement, et qu’à propos du réchauffement planétaire, le mien avait été franchi. Ceci dit, je reste toujours dubitatif devant certaines affirmations spécifiques des tenants du réchauffement planétaire et je continue de suivre ce dossier, via la littérature scientifique, bien entendu, mais aussi sur des blogs.

 

Que lisez-vous, plus précisément ?

La plupart des articles importants à mes yeux sur le sujet proviennent des revues Nature et Science, qui ont publié des centaines de textes sur le réchauffement climatique. Pris dans leur ensemble, ces travaux constituent un solide argumentaire qui atteste le réchauffement climatique et son lien probable avec l’activité humaine. Des ouvrages de vulgarisation comme ceux de l’Australien Tim Flannery présentent aussi cet argumentaire en s’appuyant sur ces sources scientifiques de première main. Enfin, même les ouvrages de Bjørn Lomborg – L’Écologiste sceptique (Le Cherche Midi, 2004) –, qui se veut partisan d’une écologie rationnelle et non idéologique, conviennent que le réchauffement climatique est réel et causé par l’activité humaine : c’est sur les marges d’erreur de prédictions relatives aux conséquences de ce réchauffement et, partant, des actions à poser, qu’il exprime des doutes.

 

Quelles ont été les réactions à l’annonce de votre « conversion » ?

Elles furent très vives. D’un côté, les défenseurs de la thèse du réchauffement planétaire ont réagi en disant qu’il était temps que je voie clair et que les faits convaincants étaient depuis longtemps déjà réunis. De l’autre, les climatosceptiques ont riposté en affirmant que je n’avais pas été suffisamment critique et que les faits n’étaient pas convaincants.

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