Cinéma
Gay et bigots
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Cet article est issu du numéro 128 de Philosophie magazine « Qu’est-ce qu’une société juste ? », en kiosque le 28 mars 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Adapté du récit autobiographique de Garrad Conley, “Boy Erased” braque le projecteur sur la violence des “thérapies de conversion” aux État-Unis, destinées à “soigner” l’homosexualité.
Aux États-Unis, près de 700 000 personnes seraient soumises à des « thérapies de conversion », selon le William Institute, un organisme dédié aux questions sexuelles et de genre. En 2004, Garrard Conley a ainsi été forcé par ses parents à suivre le programme de « Love in Action » d’un groupe chrétien prétendant « guérir » l’homosexualité… sans s’interdire la torture psychologique. Il a consigné cette expérience dans une biographie, que le réalisateur Joel Edgerton transpose au cinéma. Russell Crowe y incarne un pasteur endurci par la croyance évangélique et Nicole Kidman une mère tiraillée entre sa foi et l’amour pour son fils (Lucas Hedges). Si ce dernier ment avant de reconnaître son orientation sexuelle à 19 ans et s’il accepte d’abord de suivre cette thérapie, c’est qu’il craint le rejet de sa famille, de sa communauté et de ses camarades. Le film ne met pas seulement en lumière des pratiques intolérables ou l’hypocrisie d’un système (le responsable de « Love in Action » a fini par se marier avec un homme), il expose surtout la violence d’un mécanisme de domination fondé sur la sexualité ou le genre. « Au commencement, il y a l’injure », écrit Didier Eribon dans Réflexions sur la question gay (Flammarion, 2012). Le philosophe décrit les conséquences de cette stigmatisation et les stratégies adoptées pour y échapper : « Tout gay a d’abord appris à mentir. » Elles ont un coût psychique. Selon un rapport de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé, paru en 2014, les statistiques des tentatives de suicide atteignent 2,8 % chez les hommes hétérosexuels. Et plus de 12 % chez les homosexuels masculins.