Sport / Société
Insultes dans les stades : changer les règles ?
En appelant, mardi 10 septembre sur Franceinfo, à ne plus arrêter les matchs lors de débordements homophobes dans les stades, le président de la Fédération française de football, Noël Le Graët, s'est attiré les foudres de la ministre des Sports, Roxana Maracineanu.
Depuis, la Ligue de football professionnel, les représentants des supporters et les associations de lutte contre l’homophobie se sont réunis pour trouver une solution, et permettre la reprise du championnat de France de football, après que plusieurs rencontres ont été interrompues en raison de chants ou de banderoles homophobes.
Mais le débat demeure, qui consiste à discuter ce qui caractérise une insulte homophobe, certains arguant que ces injures ont perdu leur sens à force d’être employées, devenant des banalités détachées de leur étymologie.
Domination symbolique
Pour le philosophe Didier Eribon, auteur d’une Réflexion sur la question gay (Fayard, 1999 ; nouvelle éd. Flammarion, 2012), au contraire, l’injure homophobe est bien une structure d’assujettissement. « L’insulte est un verdict », écrit-il. « À la fois arraisonnement et dépossession », toujours personnelle et collective, elle fonctionne comme une action, qui réifie celui qui en est la cible : « La “nomination” produit une prise de conscience de soi-même comme un “autre” que les autres transforment en “objet” ».
Pour cet héritier de Bourdieu, « le langage quotidien (tout comme le langage des images) est de part en part traversé par des rapports de forces, par des rapports sociaux (de classe, de sexe, d’âge, de race, etc.), et c’est dans et par le langage (et l’image) que se joue la domination symbolique, c’est-à-dire la définition – et l’imposition – des perceptions du monde et des représentations socialement légitimes. »
Alors que faire ? Tenter, sur le plan personnel, de renverser le stigmate en se réappropriant l’injure ; agir, sur le plan politique, pour changer les représentations, sinon le langage, et produire un nouvel ordre symbolique. Bref, changer les règles quitte à interrompre la partie.