Football
Généalogie du hooliganisme
Dimitri Payet, joueur Marseillais reste allongé sur le terrain après avoir été touché à la tête par une bouteille d'eau lancée depuis la tribune par un supporter, lors du match de football entre l'Olympique Lyonnais et l'Olympique de Marseille le 21 novembre 2021. © Philippe Desmazes/AFP
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Malgré les mesures prises depuis plusieurs décennies par les instances dirigeantes du football, les hooligans restent un fléau des stades de football. S’il est si difficile à éradiquer, c’est peut-être parce que ce terme a toujours recoupé une réalité sociale plus large que celle des supporters. Généalogie.
Du pain et des jeux… contre la violence
Le sport comme loisir, comme spectacle, constitue depuis l’Antiquité un enjeu important du développement des sociétés. À Rome, par exemple, il s’agissait pour les empereurs et les hommes puissants d’acheter la paix sociale en offrant aux citoyens de quoi se divertir. Après tout, un esprit occupé (et un estomac plein) ne pense pas à protester. C’est le sens de la critique élaborée par le poète latin Juvénal (55-128), qui, dans ses Satires, donne naissance à la célèbre formule « panem et circenses » : « Ces Romains, si jaloux, si fiers […] qui jadis commandaient aux rois et aux nations […] et régnaient du Capitole aux deux bouts de la terre, esclaves maintenant de plaisirs corrupteurs, que leur faut-il ? Du pain et les jeux du cirque. »
Cette volonté d’anesthésier les citoyens ne parvint cependant pas à empêcher toute forme de heurts : l’un des premiers actes de « hooliganisme » attestés dans l’histoire remonte à une époque contemporaine des écrits de Juvénal. Un spectacle de gladiateurs dans l’amphithéâtre de Pompéi, en 59 apr. J.-C., conduisit ainsi à une rixe sanglante entre les habitants de la cité et ceux de Nucérie (l’événement est rapporté dans Rome, cité antique, dirigé par Catherine Virlouvet, Belin, 2018). Dans le fond, il n’y a là rien de vraiment étonnant. En tant qu’ils se présentent comme un reflet de la société dans son ensemble, les jeux offrent à la fois le spectacle des mouvements de passion et de cohésion que de violence et de racisme, perdus entre rivalités historiques et querelles intestines. Du pain et des jeux n’empêchent donc pas le hooliganisme.