Analyse

La discrimination peut-elle être positive ?

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© Gabriella Demczuk/The New York Times-REDUX/REA

Partisans de la discrimanation positive manifestant devant le bâtiment de la Cour suprême américaine (Washington DC) pour protester contre la décision de remettre en cause des critères d'admission universitaires favorables aux minorités dans l’État du Michigan en 2013. © Gabriella Demczuk/The New York Times-REDUX/REA

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Pour lutter contre la persistance des inégalités raciales, les États-Unis ont mis en place à partir des années 1970, après une décision historique de la Cour suprême, une politique dite de “discrimination positive”. Elle vise à compenser les inégalités dont souffrent certaines communautés en accordant à leurs membres une préférence lors de leur candidature pour une formation ou pour un emploi. Mettons-nous à la place du juge de l’époque pour examiner les arguments invoqués. Et demandons-nous à quelle condition cette démarche pourrait inspirer, aujourd’hui, en France, la lutte contre le racisme.

Dans des sociétés où les pires inégalités recoupent les lignes ethniques ou communautaires, les plus défavorisés n’ont souvent pas assez de confiance en eux et de qualifications pour ne serait-ce que mettre le pied dans la porte, tandis que les processus de recrutement biaisés tendent à favoriser la reproduction sociale, souvent à l’avantage des Blancs de classe moyenne supérieure à supérieure.

D’où l’idée d’une discrimination positive, qui consiste à renverser la discrimination en assurant aux membres des communautés défavorisées un accès privilégié à certaines ressources comme l’enseignement supérieur ou l’emploi, afin de compenser la position initiale défavorable de ces personnes dans la société.

“En France, on reste attaché à une conception de l’identité universaliste – dite ‘color blind’. La discrimination positive sur des bases ethniques est illégale”

Mais les moyens de parvenir à cet objectif suscitent le débat. Faut-il se contenter d’une « discrimination positive faible », en encourageant les membres de certains groupes à faire acte de candidature, ou bien pratiquer une « discrimination positive forte », en leur accordant purement et simplement la préférence lors du recrutement ? La deuxième option est à l’évidence plus problématique.

En France, où l’on reste attaché à une conception de l’identité universaliste – dite « color blind » (soit « aveugle aux couleurs ») –, la discrimination positive sur des bases ethniques est illégale, tout comme l’usage de statistiques ethniques ou religieuses (quand bien même les quotas sont autorisés pour les femmes et les handicapés). En revanche, d’autres sociétés « multiculturelles » comme les États-Unis ont autorisé cette pratique à divers degrés. Mais, au-delà de la légalité de ces traitements préférentiels, est-il-possible de les mettre en œuvre selon un critère moral de justice et d’équité ? Et si oui, sous quelles conditions ?

 

L’affaire Bakke

En 1974, un cas a divisé la Cour suprême américaine (la plus haute instance juridique du pays) : celui d’Allen P. Bakke (un homme blanc). Issu d’un milieu modeste, parvenu via des bourses à une brillante carrière, le jeune ingénieur de la Nasa souhaitait, à 33 ans, réaliser son rêve : devenir médecin. Il déposa donc son dossier à l’Université de Californie. À sa grande déception, il fut recalé deux fois, avant de découvrir qu’un certain nombre de candidats moins bien notés que lui avaient été admis sur la base d’un « programme spécial » visant à lutter contre l’exclusion des minorités ethniques.  

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