Livre
La grève des ventres
Portrait d’Élisabeth Badinter, le 6 octobre 2020. © Hélène Bamberger/Opale via Leemage
En Europe, comme en Asie ou en Amérique du Nord, un nombre grandissant de femmes renonce à avoir des enfants, au prix d’un dépeuplement démographique du continent qui inquiète économistes et politiques. Contre les réactionnaires et les conservateurs qui cherchent à les sanctionner ou à les mettre sous pression, Élisabeth Badinter lance l’alerte. Dans Messieurs, encore un effort… (Flammarion, 2024), elle propose de miser sur l’autonomie des femmes et invite les hommes à rendre la maternité désirable.
C’est une révolte sourde mais profonde sur laquelle Élisabeth Badinter a décidé de tirer la sonnette d’alarme : le refus ou le renoncement d’un nombre grandissant de femmes à la maternité, à cause du coût, trop élevé, qu’elle a sur leur vie. Avec pour conséquence le dépeuplement annoncé de l’Europe. Alors qu’il faudrait, pour que la population se renouvelle, 2,1 enfants par femme, nous en sommes à à 1,5. Si rien n’est fait, le continent risque de passer de 744 millions d’habitants à 703 millions en 2050. Au-delà des chiffres et de l’importance économique de l’enjeu, c’est la finesse de l’analyse qui mérite le détour. Le refus des mères se fonde sur une révolution fondamentale mais « inachevée », soutient Badinter : celle qui a vu le statut de femme se dissocier de celui de mère. Le contrôle de la fécondité, avec la pilule et l’avortement, mais également l’accès aux études et l’indépendance économique ont permis aux femmes de s’affirmer presque à égalité dans la vie sociale… sauf que, dans le même temps, la charge de la maternité, du soin et de l’éducation des enfants leur est restée. Le remède des conservateurs ou des réactionnaires consiste à vouloir « resouder » le lien entre la femme et la mère, en revenant sur le droit à l’avortement ou en leur (re)mettant la pression via l’éducation positive ou l’injonction à allaiter. Badinter préconise la voie inverse : c’est en permettant aux femmes de devenir mère sans devoir renoncer à leur autonomie que l’on inversera la courbe. D’où son adresse aux hommes : c’est à vous messieurs de faire en sorte, en la partageant, que la parentalité, « peut-être la plus importante décision dans une vie de femme », soit désirable !

Messieurs, encore un effort…, d’Élisabeth Badinter, vient de paraître aux Éditions Flammarion. 96 p., 14,90€ en édition physique, 8,99€ en format numérique, disponible ici.