Phrase choc

« La langue est fasciste ». Roland Barthes

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Cet article est issu du numéro 3 de Philosophie magazine « 3 - août/sept. 2006 », en kiosque le 27 juillet 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La langue classique est, pour Roland Barthes, une arme au service des dominants et de leur idéologie. L’écrivain et sémiologue reviendra plus tard sur cette affirmation radicale.

En 1977, lors de sa leçon inaugurale au Collège de France, Roland Barthes lance cette phrase, qui fait l’effet d’un coup de tonnerre : « La langue, comme performance de tout

langage, n’est ni réactionnaire ni progressiste ; elle est tout simplement fasciste ; car le fascisme, ce n’est pas d’empêcher de dire, c’est d’obliger à dire. » En quelques mots, il balaie les présupposés de la philosophie occidentale qui associe, depuis les Grecs, l’exercice de la parole à celui de la raison et de la liberté.

Que veut dire Roland Barthes, qui brandit ici la menace du fascisme avec une outrance caractéristique de la critique des années 1960-1970 ? Sans doute, le nouvel élu au Collège de France cherche-t-il d’abord à subvertir l’exercice institutionnel de la fameuse « leçon », avec autant d’éclat que l’avait fait Michel Foucault quelques années auparavant, qui avait profité de l’occasion pour dénoncer « l’ordre du discours ». Roland Barthes radicalisait le propos. La langue est fasciste : une telle assertion outrage la langue en une surenchère après laquelle plus rien ne pourra être aussi « transgressif ».

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