Culture
La lecture est-elle linéaire ?
La lecture est-elle linéaire ? Le nouvel album “30” de l'autrice-compositrice-interprète britannique Adele, le 19 novembre 2021. © Tolga Akmen/AFP
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Récemment, la chanteuse Adele obtenait de Spotify que la lecture aléatoire ne soit plus l’option par défaut. Car, pour elle, un album est comme un roman : il doit s’écouter dans un certain ordre. En réalité, répliquent Barthes et Derrida, la parole n’est jamais complètement linéaire.
La linéarité de la parole
Un album est un récit : tel est l’argument mobilisé par la chanteuse britannique Adele pour appuyer sa demande de supprimer la fonction « écoute aléatoire » auprès de la plateforme musicale Spotify. Mais la linéarité est-elle vraiment un trait décisif d’une oeuvre narrative ? De prime abord, la réponse semble ne pouvoir être que oui : contrairement à un tableau, par exemple, qui n’a pas une porte d’entrée et un point de sortie unique, et sur lequel l’oeil se promène librement, une création de mots – roman ou chanson – suit nécessairement un ordre. Tous les éléments ne sont pas présents d’un coup, en même temps, de manière synchronique. Ils se dévoilent peu à peu, sur un mode diachronique. Telle est la loi de la parole, qui sous-tend tout langage. C’est bien ce que notait Aristote à propos de la tragédie dans la Poétique : « la tragédie est une imitation d'une action menée jusqu'à sa fin et formant un tout, ayant une certaine étendue ; car il se trouve des choses qui forment un tout, mais n'ont aucune étendue. Forme un tout, ce qui a commencement, milieu et fin ».