Roland Barthes. L’œuvre
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Cet article est issu du numéro 91 de Philosophie magazine « Comment ne pas passer à côté de sa vie ? », en kiosque le 02 juillet 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les “Fragments d’un discours amoureux” sont le best-seller de Barthes.
En 1977, l’année de leur parution, il s’en vend 79000 exemplaires. Viscéralement romantique, ce livre inclassable n’est pourtant pas un roman d’amour. En dépit de sa dimension autobiographique, qui trouve sa source dans une expérience douloureuse, Barthes refuse de raconter l’amour comme une histoire qui aurait un début, une fian et une morale : l’épisode amoureux n’est pas seulement une maladie dont le langage permettrait de guérir. Ce qui l’intéresse, c’est au contraire le « grand ruissellement imaginaire » qui traverse le sujet amoureux : ce soliloque infernal dans lequel est pris celui qui aime et qui se traduit par des « paquets de phrases », impossibles à restituer comme un tout cohérent. C’est pourquoi ce discours se présente comme une série de fragments, correspondant à autant de « figures », autant d’états traversés par le sujet amoureux, qui sont classés par ordre alphabétique – pour « décourager la tentation du sens ». Barthes y met en scène les mille et une facettes du sentiment amoureux, chaque entrée étant suivie non d’une définition, mais d’un argument dramaturgique, une « pancarte à la Brecht ». Dans ce discours fragmentaire, c’est la structure de la relation entre le sujet amoureux et le sujet aimé qui se dévoile peu à peu, si bien que chacun peut se reconnaître dans ces scènes et s’exclamer : « Comme c’est vrai, ça ! » Car ce livre, nous dit Barthes, est une sorte de coopérative : il pourrait s’intituler « Aux Lecteurs – aux Amoureux – Réunis ».