Pensée d’ailleurs

La Réunion. Poulet

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Cet article est issu du numéro 102 de Philosophie magazine « À quel point sommes-nous prévisibles ? », en kiosque le 18 août 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Sur cette île, les volailles servent à appâter les esprits maléfiques… parce qu’elles nous ressemblent.

La Réunion, 1991. Sud de l’île, dans les terres. Un dimanche ensoleillé. Avec deux collègues, nous rendons visite à Mamie, guérisseuse. Dès l’entrée, une joyeuse cohue, une quinzaine de malades, leurs familles, quelques curieux aussi… et des poulets dans de grandes caisses en carton. Blancs pour la plupart, quelques-uns roux, ils caquettent autant que bavardent les humains.

L’homme a une soixantaine d’années, mais en paraît dix de plus, très déprimé depuis le suicide de sa fille qui s’est jetée du haut d’une falaise. Sa femme l’encourage, le poussant vers le centre de la cour. Mamie tourne autour de lui en brandissant son couteau. « Qui êtes-vous ? s’écrie-t-elle. Esprits comoriens ? Esprits malbars ? Esprits malgaches ? Morts dérangés ? » L’homme est saisi. Il roule des yeux, ses lèvres tremblent. « Que voulez-vous ? demande encore Mamie aux esprits. Du sang ? » Là, elle pêche un poulet dans une caisse. Elle le tient, ailes écartées, au-dessus de la tête du malheureux, puis ouvre la bête, encore vivante, dont elle coiffe le crâne du malheureux qui dégouline de sang.

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