Théâtre
“L’Abolition des privilèges” : révolution palpitante
“L’Abolition des privilèges”, d’après le roman de Bertrand Guillo. Adaptation et mise en scène de Hugues Duchêne. © Blokaus808
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Cet article est issu du numéro 180 de Philosophie magazine « Comment savoir quand on a raison ? », en kiosque le 30 mai 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
De la nuit du 4 août 1789, le metteur en scène Hugues Duchêne tire une pièce de théâtre qui met en lumière les implications toujours actuelles de la notion de privilège.
Noblesse, clergé ou tiers état : vous appartiendrez d’office à l’un de ces ordres en prenant place au théâtre. L’agencement quadifrontal des gradins reproduit en effet celui de la salle des États généraux où les députés ont voté l’abolition des privilèges, la nuit du 4 août 1789 à Versailles. De cet événement, le metteur en scène Hugues Duchêne, réputé pour ses sagas politiques, tire un spectacle bref et haletant, interprété par un seul comédien, jouant six personnages historiques. Il s’inspire d’un roman de Bertrand Guillot évoquant une analogie avec notre temps. Car, à la Révolution, le climat aussi est déréglé, une crise financière et institutionnelle ébranle l’État, les plus pauvres souffrent, tandis que les plus riches échappent toujours à l’impôt. Enfin, le monde des idées bouillonne, tendu vers le progrès. La pièce bascule ainsi à mi-parcours, quand le passé sert à éclairer le présent. La notion de privilège s’en trouve augmentée du sens que nous lui donnons aujourd’hui – hétérosexuel, blanc, masculin… Que faudrait-il abolir aujourd’hui pour parvenir à davantage de justice ? 1789 a marqué la fin du monde féodal et le lent avènement d’un nouveau système politique et social, où le droit bourgeois a remplacé les privilèges médiévaux, où « la bourgeoisie est devenue à son tour classe dominante », comme le souligne Simone de Beauvoir, sous influence marxiste, dans son essai sur les Privilèges : « Au lieu de lutter contre des privilèges étrangers, elle défend aujourd’hui ses propres privilèges contre le reste de l’humanité. Elle ne saurait renier tout à fait cette philosophie des Lumières dont elle a éprouvé la vérité dans la Révolution française ; mais c’est une arme à double tranchant qui aujourd’hui se retourne contre elle. Comment en effet justifier sur le mode universel la revendication de particularités avantageuses ? » La question demeure, notamment en termes de justice sociale, économique et climatique. Mais à quoi ressemblerait une nouvelle nuit du 4 août ?