Théâtre

“Lachès” de Platon: la mise en scène du courage

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“Lachès” de Platon: la mise en scène du courage
Le théâtre de La Reine-Blanche accueille à Paris une adaptation du “Lachès” de Platon, l’un des dialogues de jeunesse du philosophe, consacré au courage. À voir à Paris jusqu’au 19 mars 2016, puis dans toute la France.

Lysimaque s’inquiète de l’éducation de son fils : quelle vertu cultiver, privilégier chez le jeune garçon ? Le maniement de l’épée serait-il d’ordre à façonner un homme exemplaire ? Pour en juger, le père invite deux généraux experts en la matière, Nisias et Lachès, afin qu’ils débattent publiquement de l’affaire. Très vite, les militaires se heurtent à la difficulté des définitions : qu’est-ce que la vertu ? le courage ? quelle est la partie ? quel est le tout ? en va-t-il de la connaissance ? de la crainte ? Fort heureusement, Socrate se trouve dans la foule pour tenter d’aider tout ce monde à accoucher de la vérité… celle d’une question finalement impossible à trancher.

En adaptant Lachès, Grégoire Ingold tire le meilleur parti du dialogue platonicien, qui offre une passerelle idéale vers la scène, aussi rhétorique l’action soit-elle. D’office, en entrant au théâtre, la trentaine de spectateurs s’installe sur de larges bancs de bois, dans le rôle de l’assemblée des Athéniens pris à témoin. Se cachent parmi eux Socrate (Brahim Tekfa), la quarantaine en polo et baskets, et Amantha, la sœur de Platon – non présente dans le dialogue original, mais une figure féminine pour débattre du courage n’a après tout rien de détonnant –, en Dr. Martens et robe fleurie. Durant une petite heure, les personnages affrontent leurs arguments, faisant judicieusement appel à quelques chaises pour modéliser les idées les plus difficilement conceptualisables. Du théâtre, et de la philosophie, avec cinq comédiens et trois bouts de ficelle, mais rudement efficace !

Pour preuve, le succès de l’invitation à poursuivre la conversation une fois la représentation terminée. C’est que l’on n’a toujours pas défini le courage: du lycéen au professeur en passant par l’habitué des lieux, chacun se lance, avance, ose un argument, une proposition, une remarque, un ajustement, les comédiens confiant leurs propres interrogations quant au texte aporétique de Platon. L’actualité s’invite à la porte, rapidement chassée par l’impératif de faire place au spectacle suivant. Une spectatrice promet d’emporter et de prolonger le questionnement jusque chez elle : le courage, une graine à planter par la pensée ?

 

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