Reportage

“L’administration Trump est-elle fasciste ?” : à la table ronde de Sciences Po, sur le retour de la pensée réactionnaire

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“L’administration Trump est-elle fasciste ?” : à la table ronde de Sciences Po, sur le retour de la pensée réactionnaire

De g. à dr. : Steve Bannon, J. D. Vance et Elon Musk. © Seth Wenig/AP/Sipa. © Kevin Lamarque/AP/Sipa. © Julia Demaree Nikhinson/AP/Sipa

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Assistons-nous, en Amérique et dans le monde, à une percée de la pensée réactionnaire ? Pour y voir plus clair, nous nous sommes rendus à une table ronde, organisée par l’École de droit de l’IEP de Paris (Sciences Po) le 6 mai dernier, sur le « contrecoup illibéral » qui se dessine devant nous. Florilège des interventions.



La question est posée comme une forme d’urgence tout autant que comme un besoin de compréhension des mutations politiques auxquelles nous assistons. Outre-Atlantique, la nouvelle administration Trump impose sa marque avec fracas et provoque la sidération. Les coupes budgétaires pleuvent, les droits des minorités sont remis en question, les universités, sanctuaires du savoir, sont mises au pas. Pour ce faire, l’actuel gouvernement des États-Unis puise dans la doctrine de néo-réactionnaires influents qui ont pour but d’enterrer la démocratie et de démanteler, une à une, les fondations du libéralisme politique.

Mais comment qualifier le tournant que prend la démocratie américaine et l’analyser par rapport à la montée généralisée des extrêmes droites en Occident ? Le politiste Arnaud Miranda, le philosophe Jean-Yves Pranchère et l’historienne Marlène Laruelle ont échangé autour de cette question. Assis côte à côte, les trois intervenants ont chacun pris la parole pendant une vingtaine de minutes rue des Saints-Pères à Paris, devant un parterre de doctorants et d’auditeurs libres. Voici les trois grandes idées de cette table ronde.

L’illibéralisme pour comprendre un monde en mouvement

Marlène Laruelle ouvre le bal dans une ambiance studieuse. La petite salle Jean-Paul Fitoussi est remplie. Ils sont nombreux à s’être déplacés, preuve que le sujet intrigue. Pour l’historienne, directrice de l’Institut pour les études européennes, russes et eurasiennes (IERES) au sein de l’université George Washington, le concept d’illibéralisme (rejet de l’État de droit, de la séparation des pouvoirs, de l’immigration et des minorités, par exemple dans la Hongrie de Viktor Orbán ou la Pologne du PiS jusqu’en 2023) est le plus pertinent pour analyser la période actuelle. Il possède une « épaisseur idéologique » qui le remet au centre du débat, à la lumière de la nouvelle administration Trump, notamment.

“La doctrine illibérale donne à voir ce que serait une société débarrassée de la démocratie et du progressisme” Marlène Laruelle
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