Livres

"Écofascismes" : comment l'extrême droite s'est emparée de l’écologie

Temps de lecture : 4 min

"Écofascismes" : comment l'extrême droite s'est emparée de l’écologie

© Éditions Grevis

Cet article est réservé aux abonnés.

Le concept d’« écofascisme », né dans les années 1970, s’impose de plus en plus dans le paysage de la pensée écologique. Souvent confus, il méritait l’éclaircissement méthodique auquel se livre le sociologue Antoine Dubiau dans Écofascismes (Grevis, 2022), une étude archéologique et contemporaine de la notion. Fondé sur un double processus, procédant à la fois d’une fascisation de l’écologie et d’une écologisation du fascisme, ce concept fait l’objet depuis les années 2000 d’une appropriation renforcée de l’extrême droite qui, à partir d’une défense du principe de nature et de l’écologie intégrale, verdit son récit réactionnaire.

La gauche n’a pas le monopole de l’écologie

L’archéologie de la pensée écologique attribue généralement à la gauche la paternité d’une vision du monde intégrant la critique de l’emprise de la technique sur la société, la critique du productivisme ou la perte du sentiment de la nature. Une vision un peu trop simple, lorsqu’on mesure par exemple la puissance du productivisme dans le logiciel de la gauche durant des décennies. Mais surtout, la pensé écologique hérite de plusieurs autres registres politiques, dont certains très marqués à droite, voire à l’extrême droite. Dans son enquête précise et fouillée, Écofascismes, Antoine Dubiau observe que si l’extrême droite reste marquée par un « fascisme fossile » (qui nie le réchauffement climatique et défend les industries et énergies fossiles), « des formes marginales d’appropriation sincère de la question écologique existent au sein de celle-ci ». Il s’agit donc de « prendre au sérieux le danger écofasciste », ce qui nécessite d’abandonner un cadrage trop réduit des appropriations politiques de la question écologique. « Jeter un regard attentif sur l’écofascisme passe en premier lieu par le rejet de la position arrogante plaçant naturellement l’écologie à gauche de l’échiquier politique : cette dernière masque complètement les autres formes d’écologie politique. » L’ambition d’Antoine Dubiau consiste à éclairer ce concept d’écofascisme, qui fait souvent l’objet d’usages confus et contradictoires, depuis qu’il fut forgé par des pionniers de l’écologie politique dans les années 1970 comme Bernard Charbonneau et André Gorz, qui pointaient déjà une inquiétude : celle d’une emprise technocratique sur la société à l’aune de ses urgences écologiques. La possibilité de l’écofascisme réside en fait aujourd’hui dans la contingence de deux processus distincts : la « fascisation de l’écologie » et « l’écologisation du fascisme ». « La première se définit comme un ensemble de pentes glissantes vers une conception fasciste de l’écologie, dans les approches écologistes courantes. La seconde se rapporte à l’histoire de l’appropriation de l’enjeu écologique par les idéologues fascisants, voire fascistes. »

Cet article est réservé aux abonnés