Entretien
Ida Dominijanni : “Giorgia Meloni, figure de l’extrême droite italienne, propose un ‘fratriarcat’”
Rome (Italie), le 26 septembre 2022. Giorgia Meloni au siège du parti Frères d’Italie (Fratelli d’Italia). © Ettore Ferrari/EPA/Maxppp
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Qui est Giorgia Meloni, figure montante de l’extrême droite en Italie, qui devrait sortir renforcée des élections du 25 septembre prochain, voire devenir la première femme présidente du Conseil dans la péninsule ? Pour le savoir, nous avons interrogé la philosophe et éditorialiste italienne Ida Dominijanni.
Quelles sont les similitudes et les différences entre Marine Le Pen et Giorgia Meloni ?
Ida Dominijanni : Toutes les deux s’efforcent de racheter, chacune à leur manière, le passé de l’extrême droite dont elles sont issues. Mais elles le font dans des directions différentes. Marine Le Pen a dû rompre de manière assez démonstrative avec son père, ancien de la guerre d’Algérie, devenu encombrant à cause de ses multiples condamnations pour incitation à la haine raciale. Née en 1977, militante dès sa jeunesse dans le parti néofasciste de Gianfranco Fini, le Mouvement social italien (MSI), Giorgia Meloni s’est détachée elle-aussi de son père politique, Fini, mais pour le déborder par la droite. En effet, Silvio Berlusconi a passé une alliance avec les néofascistes, en faisant entrer plusieurs membres du MSI dans son gouvernement, en 1994. En échange de ce repositionnement, qui a permis la dédiabolisation de l’extrême droite italienne, Gianfranco Fini a dû rompre publiquement avec l’héritage mussolinien, ce qu’il a fait lors d’un congrès du MSI resté fameux, en 1995, qu’on appelle le « tournant de Fiuggi », où il a reconnu pour la première fois les crimes du Duce. Mais Giorgia Meloni n’a pas vraiment emprunté ce tournant. Lorsqu’on l’interroge sur Mussolini, elle a tendance à glisser sur les questions, à se contenter d’affirmer qu’il n’a pas fait que des mauvaises choses. Pour le parti qu’elle-même a créé en 2014, et qu’elle dirige aujourd’hui, Frères d’Italie, elle a repris un symbole qui n’est pas anodin : son logo, c’est la flamme fasciste. Des représentants de la communauté juive italienne lui ont demandé d’abandonner cette flamme ; elle leur a opposé une fin de non-recevoir.