France/Politique
Pierre Serna : “L’extrême centre finit nécessairement dans l'autoritarisme”
Pierre Serna. © Librairie Mollat
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Cet article est issu du numéro 183 de Philosophie magazine « Comment trouver le bon rythme ? », en kiosque le 26 septembre 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
En faisant appel à un Premier ministre de droite, sans majorité à l’Assemblée et sous la surveillance du RN, Emmanuel Macron a opté pour une solution périlleuse, analyse l’historien Pierre Serna, à l’origine du concept d’« extrême centre ». Explications.
Qu’est-ce que l’extrême centre ?
Pierre Serna : On a longtemps considéré que l’espace politique avait été scindé, depuis la Révolution, en deux camps opposés : jacobins contre royalistes, cléricaux contre anticléricaux, gauche contre droite, etc. En travaillant sur cette période, il m’est apparu qu’il existait une troisième force politique, très puissante, que j’ai appelée l’« extrême centre » et que l’on retrouve dans tous les moments de crise. Trois éléments la caractérisent. Premièrement, elle prétend se placer au-dessus des clivages en adoptant une rhétorique de la modération : être au-dessus des partis et des passions, défendre la raison, refuser la surenchère verbale. Ses membres se conçoivent comme des gens raisonnables qui refusent de laisser la politique au peuple ou aux radicaux, autant qu’aux réactionnaires. Ils entendent mener une politique du « juste milieu ». Deuxième élément : l’affirmation d’une certaine souplesse. Contre l’idée qu’il y aurait toujours de grands principes qui s’opposent, il s’agit de défendre un certain opportunisme en prenant les meilleures idées de chaque camp. Au nom de la raison d’État et des intérêts supérieurs du pays, il faut savoir être au-dessus des partis et des idéologies quitte à être une girouette.