France / Politique
“L’extrême centre” du président Macron : politique de la vertu ou posture autoritaire ?
Emmanuel Macron. © Yohanne Lamoulère/Tendance Floue
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Cet article est issu du numéro 159 de Philosophie magazine « Qu’est-ce qui nous rend courageux ? », en kiosque le 05 mai 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Une contradiction se loge au cœur du macronisme : comment s’affirmer « au centre » et néanmoins « en marche » ? Le centre n’est-il pas par définition immobile ? La solution envisagée par le chef de l’État consiste en l’introduction d’une notion insolite : celle d’« extrême centre ».
Le 18 avril dernier, sur France Culture, Emmanuel Macron a qualifié son projet politique d’« extrême centre » par opposition aux deux autres blocs politiques qui se sont imposés lors des dernières élections. Mais comment le centrisme, habituellement associé au compromis et au « en même temps », peut-il aboutir à des engagements forts, à des ruptures audacieuses ? En se positionnant au centre, on n’est ni vraiment conservateur ni vraiment socialiste. Dans un modèle de bipolarité politique, le centre occupe une place intermédiaire qui a pour fonction de rassembler autour du raisonnable. Cette position a déjà porté ses fruits électoraux en 2007, lorsque François Bayrou concurrençait le PS et l’UMP en rassemblant 18,5 % des voix. Le problème, c’est que cette ligne apparaît comme un intermédiaire tiède, sans convictions claires, bref, comme une position molle faite d’accommodements. Lorsque, au contraire, le président réinvente la ligne centriste, il souhaite conjuguer deux éléments à première vue contradictoires : la radicalité des convictions et le positionnement intermédiaire. À ce titre, son modèle pourrait ressembler à la vertu telle que la conçoit Aristote : le juste milieu.