Menace nucléaire

L’apocalypse nucléaire selon Günther Anders 

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Un bombardier stratégique russe Tu-160 tire un missile de croisière sur des cibles de test, lors d’un exercice militaire. Capture d’une vidéo diffusée par le service de presse du ministère russe de la Défense, le 9 décembre 2020

Un bombardier stratégique russe Tu-160 tire un missile de croisière sur des cibles de test, lors d’un exercice militaire. Capture d’une vidéo diffusée par le service de presse du ministère russe de la Défense, le 9 décembre 2020. © AP/Sipa

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La menace nucléaire brandie par Vladimir Poutine fait craindre l’usage militaire de l’atome pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale. Une peur justifiée ? Oui, selon les écrits fondateurs de Günther Anders (1902-1992). Nous les avons relus pour l’occasion.

 

Dans son texte laconique, long d’à peine une page, Reflection on The Atomic Bomb (1946), l’écrivaine Gertrude Stein confesse, un an après Hiroshima : « On m’a demandé ce que je pensais de la bombe atomique. J’ai répondu qu’il m’était impossible de m’y intéresser. »

Beaucoup de gens étaient comme Stein, à l’époque. Parmi les exceptions notables, on trouve un philosophe suisse tombé dans l’oubli, Denis de Rougemont, qui rédigea la même année ses Lettres sur la bombe atomique (1946). Son diagnostic : « Tout est changé, personne ne bouge » ! Dans ses lettres, Rougemont parle d’une véritable « léthargie de l’âme ». À vrai dire, note-t-il, la bombe elle-même n’est « pas dangereuse du tout ».

Ce qui est terriblement dangereux, c’est l’homme : il a construit la bombe, il l’a utilisée et il l’utilisera encore. Il n’est pas nécessaire de surveiller la bombe ; si on la laisse tranquille, elle ne fait rien. Ce qui est nécessaire, c’est de contrôler l’homme. Comme Stein, Rougemont pense qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter de la bombe en tant que telle. « Je n’ai pas tellement peur », constate Stein, « et qui dit pas de peur dit pas d’intérêt. Faut-il donc se donner la peine d’avoir peur de la bombe ? »

Oui, absolument ! Dix ans après la mort de Stein, c’est la réponse de Günther Anders, qui a fui l’Allemagne nazie pour les États-Unis, à cette question. C’est en exil que cet ancien élève d’Edmund Husserl et de Martin Heidegger porté sur la philosophie de la musique et l’anthropologie philosophique, a appris les deux bombardements atomiques. L’événement marqua un grand « virage » sur son chemin de pensée, comme il le soulignera plus tard. Après s’être d’abord senti longtemps incapable de parler devant ces actes monstrueux, il s’est remis à écrire et a rédigé un essai, De la bombe et de notre aveuglement face a l’apocalypse, qui reste à ce jour l’un des textes philosophiques le plus importants sur le sujet, avec La Bombe atomique et l’avenir de l’homme de Karl Jaspers (1883-1969) publié en 1958.

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