Passage à l'acte
L’appel de l’Amazonie
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Cet article est issu du numéro 45 de Philosophie magazine « 45 - hiver 2010 », en kiosque le 24 novembre 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Débarqué il y a trente-cinq ans pour un séjour ethnographique chez les Indiens Yanomami, Bruce Albert a pris fait et cause pour ce peuple menacé. Il nous fait entendre aujourd’hui la parole prophétique de son chaman, Davi Kopenawa.
Nous sommes en 1975, à l’extrême nord-ouest du Brésil. Un étudiant en anthropologie de 23 ans débarque en pleine forêt amazonienne. Après un premier bref séjour en Amérique du Sud, Bruce Albert a décidé de travailler sur les Indiens Yanomami, une communauté de chasseurs-collecteurs et d’agriculteurs ayant conservé leur mode de vie traditionnel. Les clichés exotiques s’effondrent devant un spectacle d’une violence inouïe : il est témoin du gigantesque chantier de la Perimetral Norte, tronçon de la route transamazonienne. Les machines éventrent la forêt, et des Indiens en haillons, pieds nus dans une boue rouge délétère, errent parmi les ouvriers, mendiant de la nourriture, des vêtements et des sacs plastique. Chaotiques tropiques. « Ce fut un baptême bouleversant. Face à cette situation apocalyptique, il est devenu évident que je ne pouvais faire d’anthropologie sans m’engager parallèlement à défendre les Indiens », confie aujourd’hui Bruce Albert. Alors que le chantier est abandonné et qu’une épidémie de rougeole se propage chez les Yanomami, il s’immerge dans leur quotidien, en quête d’un « savoir vécu ». D’abord perçu par ses hôtes comme l’émissaire d’un monde cherchant à les détruire, il finit par être accepté, au gré de visites répétées.