Édito
L’ascendance ordinaire
© Charles Berberian
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Cet article est issu du numéro 124 de Philosophie magazine « Avons-nous besoin des élites ? », en kiosque le 25 octobre 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Pour comprendre ce qu’est vraiment l’humeur politique de nos contemporains, c’est-à-dire pour saisir quels sentiments les animent vis-à-vis des instances de domination, il me paraît assez vain d’en rester aux préférences partisanes. Les choix exprimés lors des suffrages passés, les intentions de vote à venir sont superficielles ; pour la plupart, les électeurs n’expriment que les convictions de leurs parents, ou bien, si leur crise d’adolescence a été corsée, ils prennent l’exact contre-pied de celles-ci, ou encore ils épousent les préjugés de leur position sociale, de leur profession. Il est très rare que l’expression d’une volonté par le vote soit autre chose que le produit d’une certaine rémanence de l’éducation – il y a des familles de gauche comme de droite –, mâtinée de quelques grimaces et réflexes idéologiques dont on a trouvé le modèle chez ses collègues. Non, pour comprendre vraiment ce que les gens pensent de la politique, comment ils jugent l’ordre politique et social, il convient à mon avis de descendre à l’étage du dessous et de leur demander ce qu’ils souhaitent pour leurs enfants.