Pensée d’ailleurs
Latah (Malaisie)
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Cet article est issu du numéro 74 de Philosophie magazine « 74 - novembre 2013 », en kiosque le 24 octobre 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Il s'agit de l’action de répéter, sous le coup d’une grosse frayeur, les paroles et les gestes d’autrui. Comme dans un jeu d’enfant ?
Lorsque j’étais petit, nous nous amusions parfois à répéter les paroles de notre interlocuteur, imitant jusqu’à ses mimiques et sa gestuelle. Surpris, il finissait par supplier : « Arrête ! »… Et nous répétions : « Arrête ! » C’était à la fois un jeu et une sorte d’agression, consistant à priver l’autre de son rapport à l’altérité.
En Malaisie, on appelle « latah » une sorte de contagion psychique survenant à la suite d’une violente surprise ou d’une frayeur. La victime se met alors à répéter les paroles (écholalie) et les gestes (échopraxie) de celui qui l’a effrayée. Un anthropologue nommé Adelman a rapporté qu’une vieille Malaise se retrouvant nez à nez avec un tigre fut prise d’une crise de latah et se mit à imiter ses rugissements. Effrayé à son tour, l’animal prit la fuite. En dehors de la Malaisie et de Java, des comportements identiques ont été décrits au nord du Japon, dans les populations aïnoues de l’île Sakhaline et d’Hokkaido et jusqu’en Sibérie où l’on nomme ce phénomène « miryachit ». Devereux cite le cas d’un colonel russe qui terrorisa un régiment de cosaques du Baïkal au point que tous les soldats furent saisis d’une crise collective de miryachit, ne pouvant se retenir d’imiter les ordres de l’officier.