Le chant des signes

Le “20 heures”. L’actualité sacro-sainte

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Le “20 heures”. L’actualité sacro-sainte

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Cet article est issu du numéro 86 de Philosophie magazine « 86 - février 2015 », en kiosque le 15 janvier 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

À l’heure de l’information en continu, pourquoi regardons-nous encore le journal télévisé ? Peut-être du fait du caractère rituel de cette grand-messe médiatique. « Madame, Monsieur, bonsoir »… et amen ?

D’où vient qu’il survive à l’ère de l’information à la carte ? Comment peut-on ne pas lui préférer, au moins, les rendez-vous de huit minutes que proposent, chaque demi-heure, les chaînes d’info en continu, et qui, en se multipliant, maintiennent le téléspectateur dans l’illusion qu’il s’informe quand il le désire et non quand on le lui ordonne ? Quel est l’avenir de cette messe antédiluvienne à l’heure des images en avalanche ? Rien n’est-il moins conforme à un monde dont on se plaît à penser qu’il ne tient pas en place, que ses troncs humains, froids et compassés, dont l’œil feint de nous regarder tout en lisant un prompteur infaillible ?

Né d’un temps que les moins de 20 ans ne connaissent pas, le « 20 heures » (et ses bustes antiques) est, à tous égards, inadapté au XXIe siècle. L’horaire impérieux devrait en détourner ceux qui veulent avoir la maîtrise de leur emploi du temps. La longueur de l’office (une demi-heure au moins) et la brièveté des reportages qu’il propose (deux minutes maximum) devraient dissuader à la fois les spectateurs impatients et ceux qui réclament, au contraire, un approfondissement du sujet traité. L’adresse initiale (« Madame, Monsieur, bonsoir ») devrait indigner ceux d’entre nous qui récusent la bipartition de l’humanité en genres. Ses parodies habiles (Le Petit Journal, Les Guignols de l’info…) devraient achever de tourner cette liturgie en ridicule. Enfin, le triomphe de WikiLeaks devrait en éloigner les petits malins qui tiennent pour suspecte (voire filtrée) une information qu’on vérifie avant de l’offrir en partage. Qu’est-ce que le « 20 heures », aux yeux des internautes qui voudraient s’informer par eux-mêmes, sinon l’ORTF (Organisation d’un Récit Tactiquement Falsifié) ?

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