Le décryptage/L’engouement musical des confinés

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Cet article est issu du numéro 141 de Philosophie magazine « Le bonheur est dans le près », en kiosque le 17 juillet 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

En dépit du risque sanitaire, les Français n’ont pas manqué de célébrer la Fête de la musique dans la rue, le 21 juin. Et ce, afin de peut-être mettre en pratique les leçons prises pendant le confinement. Nombreux sont ceux qui ont, en effet, tâté du piano ou de la guitare pour passer le temps chez eux. 

Indice de cet enthousiasme : l’augmentation massive de la fréquentation et des commandes sur les sites de vente et de revente d’instruments de musique en ligne. Même constat pour les applications de composition musicale, GarageBand en tête, qui ont enregistré des résultats largement supérieurs à la moyenne. Ces nouveaux clients et utilisateurs sont aussi bien des particuliers en mal d’occupation, s’essayant à la musique dans un but ludique, que des indépendants, professionnels ou semi-professionnels, qui ont dû adapter leur activité du fait des mesures de confinement. Résultat éloquent : la hausse de 300 % du volume de musique téléversée sur la plateforme Ditto. Malgré cette créativité surabondante, les musiciens confinés ont toutefois fait face à une problématique nouvelle : l’isolement. D’où l’utilisation détournée des outils de visioconférence pour organiser des concerts virtuels. Difficile, cependant, de suivre le même tempo : le temps de latence numérique entre l’émission d’un son et sa réception est, en moyenne, de 100 millisecondes. Un désagrément sans doute préférable au fait de jouer seul et sans public. Cet appétit musical semble traduire la volonté de s’évader de la réalité prosaïque, de « sortir de la caverne où nous ne faisons que vivre », comme l’affirme Francis Wolff dans son essai Pourquoi la musique ? (Fayard, 2015). Pour le philosophe, la musique commence lorsque nous oublions la relation des sons avec leur cause physique pour nous concentrer sur leur enchaînement mélodique. Parce qu’elle ne représente rien, la musique dévoile « un monde imaginaire d’événements purs », qui nous permet d’échapper à la pesanteur des choses qui nous entourent.