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Le Léviathan, une solution future au péril écologique ?
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Cet article est issu du numéro 34 de Philosophie magazine « 34 - novembre 2009 », en kiosque le 29 octobre 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Hobbes n’est pas vraiment démocrate, et il avait une vision trop noire de l’animalité… Malgré les critiques que son modèle suscite, il n’en reste pas moins une référence incontournable quand l’Histoire tourne au chaos.
« Le monde dans lequel nous vivons conduit à relire Hobbes dans une perspective nouvelle, et à lui poser des questions qui nous touchent de manière urgente. Le modèle qu’il propose est devenu réel, si l’on pense à l’existence d’États omnipotents, sécuritaires à l’intérieur et belliqueux à l’extérieur. Mais Hobbes ne nous aide pas seulement à envisager le présent, il permet aussi d’imaginer le futur. Je fais une hypothèse sombre, qui est hélas de l’ordre du possible et qui ramène à la problématique écologique. Dans mon scénario, le progrès sans limite, la dégradation des milieux naturels, la pollution de l’air, de l’eau et de la terre finiraient par aboutir à une situation catastrophique où la survie de beaucoup d’espèces animales, y compris l’espèce humaine, serait directement menacée. Arrivés à ce stade, nous nous retrouverions dans un état de violence et de danger tel que nous devrions conclure un pacte semblable à celui de Hobbes. Les individus devraient sacrifier leurs libertés pour créer un Léviathan planétaire à la puissance inégalée, chargé de voler au secours d’une nature fragilisée. Ce qui se mettrait en place, ce serait une dictature monstrueuse, un super-État répressif, avec un contrôle permanent de la vie même des hommes. Ce futur hypothétique, que j’expérimente en pensée en me référant à Hobbes, ne relève pas de la science-fiction absurde. Espérons qu’il ne se produise jamais, ou plutôt que nous saurons l’éviter. Je garde en mémoire l’avertissement lancé par Claude Lévi-Strauss : « La nature, avant qu’on songe à la protéger pour l’homme, doit être protégée contre lui. » (« Réflexions sur la liberté », repris dans Le Regard éloigné.)