Exposition
Faut-il voyager pour être heureux ?
Inka et Niclas, “Watching Humans Watching” X, 2010 (détail). © Inka et Niclas Lindergård – Dorothée Nilsson Gallery
Cet article est réservé aux abonnés.
À la Fondation groupe EDF, à Paris, une exposition pose une question qui va faire grincer les dents de nombreux vacanciers : « Faut-il voyager pour être heureux ? » Le surtourisme et les périls écologiques que provoquent les mobilités excessives ont remis en cause la vertu même du voyage. Celui-ci, en dépit de sa promesse d’ouverture à l’autre, ne peut plus incarner la promesse d’un bonheur individuel et d’un enrichissement intellectuel. Alors, voyager, c’est fini ?
En dépit du célèbre incipit de Claude Lévi-Strauss dans Tristes Tropiques – « Je hais les voyages et les explorateurs » –, les philosophes nous ont souvent appris, depuis la Renaissance et la tradition humaniste du grand voyage de formation, que les esprits s’élargissent à proportion de leurs déplacements dans l’espace. De Rabelais à Descartes, de Nietzsche à Thoreau, beaucoup nous ont transmis l’idée que voyager rendait, sinon heureux, du moins plus lucide, plus cultivé, plus vivant, relié au monde et ouvert à l’inconnu.
Comme le disait Montaigne, le voyage nous apprend à « frotter et limer notre cervelle contre celle d’autrui ». Mais peut-on aujourd’hui vraiment penser qu’il « faut voyager pour être heureux » ? L’horizon du lointain suffit-il, par les plaisirs qu’il occasionne, à compenser les limites éthiques liées à la faillite écologique que contient sa promesse ?
32 artistes exposés
Comme le suggère la stimulante exposition en question, nourrie par les œuvres de 32 artistes contemporains, « le désir anthropologique irrépressible de franchir la colline » se heurte désormais à des obstacles nés des récentes contraintes écologiques, économiques et sanitaires. Conçue par Nathalie Bazoche de la Fondation groupe EDF, Alexia Fabre, nouvelle directrice des Beaux-Arts de Paris et ancienne directrice du MAC VAL, et le sociologue Rodolphe Christin, l’exposition interroge les sens multiples du voyage en ce début de XXIe siècle, moins pour culpabiliser les touristes déjà partis vers les mers du Sud que pour proposer un exercice de lucidité collective et confronter l’esprit des vacanciers à leurs propres contradictions, par le biais des récits et images d’artistes inspirés par l’idée du voyage, du transport, de la mobilité, de la découverte...