Le monde dans ma rue

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Cet article est issu du numéro 112 de Philosophie magazine « À quoi tient l’autorité ? », en kiosque le 24 août 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Voyager en restant chez soi, c’est possible ? Oui, quand l’histoire, la littérature et le tourisme de masse se donnent rendez-vous à votre porte.

Quand j’ai emménagé rue Saint-Séverin, il y a dix ans, j’étais doublement excité à l’idée d’habiter en face d’une paroisse où Joris-Karl Huysmans avait été baptisé et où les obsèques de Georges Bernanos avaient été célébrées. Pareilles références allaient infuser en moi de vastes idées. Quelle farce ! Il n’y a aucun rapport entre la charge historique des lieux dans lesquels on séjourne et l’amélioration de ses productions. Ce serait trop facile : on installerait un buste de Victor Hugo sur son bureau et on se mettrait à débiter des alexandrins.

C’est d’autre chose que je tirai ma satisfaction de vivre en de tels lieux. Je savais que l’endroit était voué au mouvement. Le quartier était depuis le Moyen Âge le rendez-vous des voyageurs. L’îlot Saint-Séverin servait de point de départ aux pèlerins de Saint-Jacques. Sur le portail en bois de l’église, ils clouaient des fers à cheval pour s’attirer les grâces du ciel. Au XIIe siècle fut prêchée sous ses voûtes la quatrième croisade, prélude à un autre ébranlement héroïque et brutal.

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