Sylvain Tesson: “J’organise mes voyages comme des métamorphoses”

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Sylvain Tesson: “J’organise mes voyages comme des métamorphoses”

Sylvain Tesson à la Comédie du Livre en 2011 à Montpellier (cc) Wikimedia Commons

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Cet article est issu du numéro 75 de Philosophie magazine « 75 - décembre 2013, janvier 2014 », en kiosque le 28 novembre 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Depuis plus de vingt ans, l’écrivain voyageur Sylvain Tesson explore les quatre coins du monde. Même si les instants merveilleux, confie-t-il, se payent d’un incommensurable... ennui.

Dans Un thé au Sahara, Paul Bowles évoque la différence entre le touriste et le voyageur…

Sylvain Tesson : Oui, je m’en souviens : le touriste sait quand il revient, le voyageur ne prévoit pas de retour.

 

Comment vous définissez-vous ?

On a toujours tendance à se bercer de l’illusion que les touristes sont les autres, tandis qu’on est soi-même un voyageur. En réalité, quelle que soit la manière dont vous allez au-devant des gens, que vous arriviez devant leur porte à pied après avoir traversé la steppe, à cheval ou en side-car, quelques efforts que vous fassiez pour apprendre leur langue, ils vous considéreront toujours comme un Blanc, un Occidental, c’est-à-dire comme un touriste. Les soi-disant voyageurs de Paul Bowles sont eux aussi des touristes. Mais bien sûr, il existe des formes de tourisme plus ou moins vertueuses. Et il y a une grande différence entre le tourisme de masse et des manières plus aventurières de parcourir le monde. Par ailleurs, il faut aussi se méfier d’un effet d’optique courant que mon professeur de géographie, Jean-Pierre Allix, appelait le « syndrome du voyageur » : quiconque voyage a l’impression de saisir les derniers feux d’une civilisation et qu’il sera moins intéressant de revenir sur les mêmes lieux après lui. C’est ainsi que vous entendez dire : « moi, j’ai vu la Russie avant l’effondrement du communisme » ; « j’ai vu Zanzibar et les derniers paysages d’Afrique avant que les Chinois ne viennent investir »… Quand vous lisez Fantôme d’Orient de Pierre Loti, vous vous rendez compte qu’il est déjà atteint, en 1892, de ce syndrome : il a la conviction de contempler les derniers charmes de Constantinople avant l’occidentalisation. Méfions-nous de notre égocentrisme lorsque nous voyageons.

 

Voyage-t-on pour vivre plusieurs vies ?

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