Théâtre
Sylvain Tesson et le charme irrésistible des colonnes de pierre
Sylvain Tesson à Étretat (76), le 27 mars 2025. © Karine Le Ouay/Divergence
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Jusqu’au 12 décembre, l’écrivain-voyageur Sylvain Tesson se produit au théâtre de Poche-Montparnasse, pour évoquer les « piliers de la mer » qu’il escalade aux quatre coins du monde. C’est une manière intimiste de découvrir cet auteur, mais aussi l’occasion de poser quelques questions inhabituelles sur le pouvoir évocateur de la géomorphologie.
Bienvenue chez les Tesson
Le théâtre de Poche-Montparnasse, c’est un peu une histoire de famille chez les Tesson. Il a été acheté et rénové par le père de Sylvain Tesson, le journaliste et critique dramatique Philippe Tesson en 2011, alors qu’il avait 83 ans. Il est aujourd’hui dirigé par Stéphanie Tesson, actrice et metteuse en scène, la sœur de Sylvain. C’est ce qui fait que, lorsqu’on descend dans la salle du bas et qu’on découvre l’écrivain-voyageur attablé avec une Guinness en train de jouer de la flûte, une casquette écossaise vissée sur le crâne, on a un peu l’impression d’être non pas dans un espace public mais dans son repaire, un lieu qu’il habite réellement. Quand on lit un auteur, on a l’impression d’entrer dans une espèce d’intimité avec lui, avec sa manière de voir le monde, même si celui-ci est inaccessible ou que nous ne le connaîtrons jamais en chair et en os. Et justement, c’est quelque chose de ce simulacre d’intimité qui est recréé dans ce théâtre, d’autant que le spectacle est présenté par Stéphanie Tesson elle-même et que tout reste dans le cercle des proches, des amis, des lecteurs familiers.
Pendant une heure environ, Sylvain Tesson reprend donc le sujet de son dernier livre paru au printemps aux éditions Albin Michel, Les Piliers de la mer. Avec l’alpiniste Daniel du Lac, il est allé sur tous les continents, d’Étretat à l’île de Pâques en passant par la Polynésie et le Cap Horn, pour faire cette chose étrange : escalader les aiguilles de roche qui sont plantées dans la mer, faites tantôt de calcaire, de schiste ou d’argile glissant et qu’on désigne par le terme technique de « piliers d’érosion de recul de côte ». Des stacks, en anglais. Les deux complices en ont monté rien moins que 108 à ce jour, et certaines de ces ascensions ont duré jusqu’à dix heures. Les photographies qu’ils en ont rapportées, projetées durant la conférence, sont vertigineuses.