L’image
Le moaï, symbole d’effondrement
Photo montrant un moai de 1,60 m, (célèbres statues monumentales à figures humaines de l'île de Pâques), découvert dans le lit asséché du lac Rano Raraku, au Chili, le 24 février 2023.© Communauté indigène de Ma'u Henua/AFP
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 168 de Philosophie magazine « Transclasses. Sommes-nous déterminés par nos origines sociales ? », en kiosque le 23 mars 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le réchauffement climatique a parfois des effets inattendus : sur l’île de Pâques, l’assèchement d’un lac a permis la découverte d’un moaï, l’une de ces immenses statues qui fascinent depuis leur « découverte » au XIXe siècle par les Européens. Avec la disparition des populations locales, ces sculptures de tuf volcanique sont devenues les rappels tragiques et monumentaux d’un passé à jamais perdu. La fonction de ces figures de pierre reste incertaine. Il est cependant probable, pour le géographe Jared Diamond, que la frénésie édificatoire du peuple pascuan ait contribué à son déclin. Dans Effondrement (1997), il émet l’hypothèse que l’« augmentation de la taille des statues », conséquence d’une « concurrence entre les chefs commanditaires des statues, qui les utilisaient pour rivaliser entre eux », a conduit les populations locales, les Rapa Nui, à « dépasser les limites, à investir dans leur construction de loin la plus grande quantité de ressources dont disposait leur société » : la pierre, le travail humain, la corde et surtout le bois nécessaire au transport des statues. Las ! la déforestation a finalement condamné l’île. Les statues de l’île de Pâques sont le symbole de ce dont elles sont en partie la cause : les dangers de la surexploitation des milieux. Symbole d’une évidente actualité à l’heure de la crise climatique qui, ironie de l’histoire, a justement révélé un nouveau moaï.