Journal de bord

Le moi et son bureau

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Le moi et son bureau

© Antoine Ronco pour PM

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Cet article est issu du numéro 26 de Philosophie magazine « 26 - février 2009 », en kiosque le 29 janvier 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Souvent, lorsque je cherche une idée, c’est-à-dire une suite possible entre des moments décousus de moi-même, je laisse mes yeux flotter sur mon bureau, les mains en attente au-dessus du clavier de l’ordinateur, là où s’affiche un autre bureau, virtuel celui-ci, mais bien mieux rangé, celui du « philosophe contemporain ». Les philosophes modernes ont souvent pensé le monde, le moi et la liberté à partir d’exemples très locaux, tirés de situations quotidiennes, et bien souvent de leur lieu même de travail. Il flotte sur L’Être et le Néant et la Phénoménologie de la perception une odeur de pipe et de tabac froid, d’encrier, et de café fort comme l’âme. Le philosophe contemporain, engagé dans un nomadisme électronique et une délocalisation constante, connaît pour sa part le bureau portatif de l’ordinateur, avec ses icônes et ses fichiers Word, PDF ou JPG ; il tapote dans le train, à une terrasse, chez des amis. Mais, de même que la télévision n’a pas tué le livre et que le livre électronique ne tuera sans doute pas l’in-folio, ce bureau n’annule pas le lieu physique, le tréteau, la table et la bonne vieille chaise kantienne et sartrienne.

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