L’innovation
Le petit béton en mousse
© Respyre
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Cet article est issu du numéro 184 de Philosophie magazine « Que faire de nos angoisses ? », en kiosque le 24 octobre 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Minéral et froid, symbole omniprésent d’une modernité grisâtre, le béton n’a pas bonne presse. La société néerlandaise Respyre a pour projet de changer notre rapport à ce matériau protéiforme, en proposant un béton végétalisé, recouvert de mousse.
La start-up a misé sur deux technologies. D’une part, la confection d’un béton bioréceptif, à la texture suffisamment poreuse pour que les racines s’y accrochent. D’autre part, l’utilisation d’un gel bioaméliorant qui favorise la germination des spores.
Le dispositif permet de transformer n’importe quelle façade en mur végétal. Les avantages, selon l’entreprise, ne sont pas seulement esthétiques : réduction de la chaleur, de la pollution, des nuisances sonores ou amélioration de la biodiversité, les atouts de ce biobéton sont nombreux.
Suffisant pour éteindre les critiques récurrents dont le béton fait l’objet ? Pas sûr, si l’on suit le réquisitoire du philosophe Anselm Jappe dans Béton (2020). Selon lui, le béton est un facteur majeur d’appauvrissement, d’uniformisation et de minéralisation du monde ; produit à l’identique en tous lieux, il incarne le déracinement de l’homme contemporain ; plastique, il se soumet sans broncher aux désirs arbitraires d’une liberté débridée. Recouvrir ce matériau polémique d’un peu de mousse semblerait donc purement cosmétique. Mais peut-être ne faut-il pas négliger la portée potentielle de l’innovation. Si le caractère protéiforme du béton en a fait, comme l’écrit Jappe, une « arme de construction massive du capitalisme », cela lui permet aussi de se réinventer dans une hybridation minéral-végétal qui subvertit la logique de dévastation des paysages urbains à laquelle il a contribué. Tous les matériaux ne sont pas capables de telles hybridations !