Analyse
Le plan “Gaza-Riviera” de Donald Trump est-il un projet totalitaire ?
À g. : des Gazaouis déplacés marchent vers la ville de Gaza, le 27 janvier 2025. © AFP. À dr. : une vue du projet “Riviera du Moyen-Orient”. Capture d’écran d’une vidéo postée depuis le compte du président américain @realDonaldTrump sur la plateforme Truthsocial.com.
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Donald Trump a sidéré le monde en proposant d’expulser les habitants de la bande de Gaza pour transformer celle-ci en « Riviera du Moyen-Orient ». Ce projet réveille le souvenir de programmes de déplacements forcés de population, dont Hannah Arendt fait l’une des sources du totalitarisme. Est-ce comparable ?
Lorsque le 4 février dernier, il évoque l’annexion de la bande de Gaza par les États-Unis pour réaménager celle-ci en zone touristique haut de gamme après avoir expulsé deux millions de Gazaouis en Égypte et en Jordanie, le président américain semble sortir l’idée de son chapeau. D’après le New York Times, il n’en avait parlé qu’à quelques proches et n’avait pas consulté le département d’État ou le Pentagone. Même Benyamin Netanyahou, en visite à Washington, découvre le projet en écoutant son homologue. Tandis que les proches du président américain relativisent ses propos, plusieurs analystes considèrent qu’il s’agit sans doute d’une manœuvre pour forcer le Hamas à négocier. Mais ces déclarations visent également à faire passer des idées tout aussi illégales, mais moins choquantes, pour des réalités acceptables – comme l’occupation du territoire par l’armée ou la colonisation israélienne. Trump, d’ailleurs, insiste. Les Palestiniens expulsés n’ont pas vocation à revenir chez eux : « On peut trouver une zone magnifique pour y installer les gens de façon permanente dans de belles maisons, où ils peuvent être heureux sans se faire tirer dessus. » Cinq jours plus tard, sur Fox News, il répète : « Non, ils [ne reviendront] pas ». Les Gazaouis n’auraient pas les moyens de s’offrir le « grand site immobilier » dont il rêve. Le 26 février, le président reposte une vidéo sur son réseau social Truth, dans laquelle on le voit en maillot de bain au bord d’une piscine avec le premier ministre israélien, tandis qu’Elon Musk goûte aux spécialités orientales. L’IA a déjà imaginé la Côte d’Azur palestinienne.
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Comment qualifier ce projet, dénoncé par les pays arabes et de nombreux États, mais applaudi par l’extrême droite israélienne ? S’il devait voir le jour, il constituerait, selon le secrétaire général des Nations unies, une « forme de nettoyage ethnique ». La déportation forcée ou le transfert d’une population civile sont des violations flagrantes et très graves du droit international. En attendant, pour la spécialiste du droit international humanitaire Françoise Bouchet-Saulnier, citée par Le Monde, les déclarations de Trump constituent « une incitation directe de son allié israélien à commettre un crime contre l’humanité ». Cette nouvelle transgression trumpienne ne fait qu’accabler davantage la population palestinienne de Gaza, issue en majorité de l’expulsion de 1948 et décimée par l’armée israélienne depuis un an et demi. Les Gazaouis sont encore plus en péril depuis la rupture du cessez-le-feu le 18 mars dernier, la reprise des bombardements et de l’avancée terrestre israélienne. Après avoir espéré retrouver leurs foyers début 2025, ils subissent à nouveau des ordres d’évacuation et se demandent s’ils ne devront pas un jour quitter définitivement leur terre. Le « plan Riviera » serait-il la version contemporaine, mercantiliste et immobilière, des grands projets totalitaires de déplacements de population ? Certes, de tels déplacements forcés de communautés humaines ont maintes fois eu lieu dans l’histoire – que l’on pense au commerce des esclaves africains, aux Indiens d’Amérique notamment. Mais le plan Gaza de Trump, qui se veut purement entrepreneurial, se superpose à la volonté de l’extrême droite israélienne de « punir » les Gazaouis et de se débarrasser une fois pour toutes d’une partie du « problème palestinien » et de régler la question du droit des Palestiniens à un État aux côtés d’Israël. Pour savoir si l’idée trumpienne comporte une composante totalitaire, il n’est donc pas inutile de la comparer, afin de voir les ressemblances et les différences, avec deux deux pages importantes de l’histoire totalitaire du XXe siècle : le « plan Madagascar » caressé un temps par les nazis pour expulser les Juifs, et les déportations staliniennes de peuples entiers durant la Seconde Guerre mondiale.