Élection du nouveau pape
Léon XIV, portrait philosophique d’un pape en quête d’unité
Vatican, Rome (Italie), le 9 mai 2025. Le pape Léon XIV, lors d’une messe avec les cardinaux dans la chapelle Sixtine. © Vatican Media/AFP
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Nommé cardinal en 2023, l’Américano-Péruvien Robert Francis Prevost est devenu ce 8 mai 2025 le 267e pape de l’Église catholique. Qu’est-ce qui a pu conduire les 132 autres cardinaux du conclave à élire cet homme de 69 ans qui a choisi de se faire appeler Léon XIV ? Nicolas Tenaillon, auteur notamment de Dans la tête du pape François (Actes Sud, 2017), nous propose, en guise de réponse, un portrait philosophique du nouveau souverain pontife.
Les premières paroles prononcées sur le balcon de la basilique Saint-Pierre par un pape nouvellement nommé donnent parfois des indices sur le programme de son pontificat à venir. On se souvient de celles de François en 2013 rappelant qu’il venait « presque du bout du monde », avant de s’agenouiller pour qu’on prie pour lui, annonçant par son style une rupture radicale avec les pratiques de ses prédécesseurs. Que retenir alors de celles de Léon XIV ?
L’esprit missionnaire de François
D’un côté, le souci de continuer l’œuvre de son prédécesseur qui rêvait d’une « humanité réconciliée ». « La paix » avant tout, a clamé le nouveau pape. N’était-ce pas d’ailleurs la demande ultime de François lors de sa dernière apparition, le dimanche de Pâques, veille de sa mort, lorsqu’il donna la bénédiction urbi et orbi afin que chacun œuvre à la pax mundi, à la paix du monde ? Léon XIV n’a pas manqué de rappeler à cet égard que le pape est un pontifex, un « faiseur de ponts » (ce pour quoi il est nommé « souverain pontife » depuis le pape Théodore 1er), auquel s’opposent, comme le disait déjà le pape François, les « faiseurs de murs » qui, sous prétexte d’empêcher les migrations, divisent les nations et par là favorisent les guerres. Autre signe de cette continuité : Léon XIV a tenu à dire qu’il était membre des Augustins. Cet ordre mendiant, qui a déjà donné 6 papes à l’Église, est moins connu que celui des Dominicains, des Franciscains ou des Carmes, tous les quatre apparus au XIIIe siècle au moment de l’essor urbain en Europe et de la naissance des universités. La création de cet ordre avait pour but, comme l’avait voulu Augustin au IVe siècle avec ses compagnons d’Hippone (aujourd’hui Annaba en Algérie), ville dont il devint l’évêque, de reproduire l’esprit communautaire des apôtres à la fois dans la prière et l’entraide mutuelle, en s’appuyant sur une règle monastique savamment établie où priment notamment le recueillement, l’étude des Écritures, la douceur dans la correction des attitudes déviantes, afin que l’esprit fraternel soit toujours présent [lire notre article]. Il est significatif qu’après un pape jésuite, la Curie élise à nouveau un membre issu du clergé régulier itinérant. C’est là le signe que dans un monde en perpétuelle mutation, elle cherche à confier la direction de l’Église à des hommes de prière ayant beaucoup de recul sur le monde tout en y vivant. Mais surtout, la formation du nouveau pape témoigne d’un vif attachement à cette communauté. En témoigne sa thèse de droit canonique soutenue en 1981 sur le rôle du prieur dans l’Ordre de saint Augustin, dont la tâche est d’assurer le lien entre les membres du couvent et les instances supérieures de l’Ordre, de vérifier que les décisions locales ne trahissent jamais la règle de saint Augustin tout en s’adaptant aux exigences des situations nouvelles.