Intelligence artificielle

Encyclique “Magnifica humanitas” : Arendt et Heidegger inspirent le pape Léon XIV pour “désarmer” l’IA

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Encyclique “Magnifica humanitas” : Arendt et Heidegger inspirent le pape Léon XIV pour “désarmer” l’IA

Le 25 mai, la première encyclique du pape Léon XIV, *Magnifica Humanitas*, sera présentée au Vatican. ©Stefano Spaziani/Dpa/Sipa

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Paru le lundi de Pentecôte, le premier texte d’envergure de Léon XIV entend fixer la position de l’Église face à l’intelligence artificielle (IA), en s’inspirant notamment de ce que la philosophie du XXe siècle a pu enseigner sur le progrès technique. Le philosophe Nicolas Tenaillon, auteur de Dans la tête du pape François (Solin/Actes Sud, 2017), la décrypte pour nous. 


Une église au service de l’homme

En 1891, l’encyclique Rerum novarum, qui devait inspirer toute la doctrine sociale de l’Église du XXe siècle, posait un certain nombre de principes pour rappeler que l’économie, alors en pleine mutation, devait rester au service de l’homme et non le contraire. Le pape Léon XIII voulait mettre en garde contre la dangerosité que représentait pour l’humanité d’un côté l’avènement d’un capitalisme sauvage, de l’autre le projet socialiste d’une économie d’État. 

Parmi ces grands principes étaient mis en avant la dignité du travailleur, la nécessité pour l’État de se soucier du bien commun, la destination universelle des biens contre son appropriation par quelques-uns, la subsidiarité qui veut qu’une autorité supérieure ne doit accomplir que ce que les échelons inférieurs ne peuvent pas faire eux-mêmes, la légitimité du syndicalisme, de la propriété privée ou encore la nécessité de l’option préférentielle pour les pauvres. 

Un héritage “augmenté”

Or si l’encyclique Magnifica humanitas reprend cet héritage, elle l’adapte au nouvel environnement numérique, car « l’intelligence artificielle doit être comprise non pas comme un thème annexe, ni comme une urgence à gérer, mais comme une transformation qui interpelle de l’intérieur les catégories de la doctrine sociale ». (§17). Par exemple, l’encyclique intègre désormais à la destination universelle des biens les données digitalisées : « brevets, algorithmes, infrastructures numériques sont des biens qui ne peuvent rester concentrés entre les mains de quelques-uns » (§67). Autre exemple : l’encyclique redéfinit la subsidiarité car le « niveau supérieur » n’est plus incarné par l’État mais par les grandes plateformes technologiques qui fixent les conditions d’accès à la vie publique (§71). 

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