Opéra
“Les Brigands” d'Offenbach, à l’Opéra Garnier : chœur queer
Les Brigands. ©OnP/Agathe Poupeney
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La revisitation très en verve des Brigands d’Offenbach par le metteur en scène Barrie Kosky, actuellement au Palais Garnier, met le travestissement et les faux semblants à l'honneur. Un opéra qui a fait un effet “bouffe” à Cédric Enjalbert !
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« Il fallait voir, hier, les visages cuits par la canicule au-dessus des cravates serrées et les dames bien mises au parterre de l’Opéra quand un gros travesti dans une robe-sirène hurlait avec sa voix de ténor : “Y a-t-il des gens riches dans la salle ? des banquiers ? des retraités ? Je vais avoir besoin de vous !” Lui, c’est Falsacappa, le bandit star de l’opéra-bouffe d’Offenbach. Dans la magistrale mise en scène de Barrie Kosky, il est un sosie de Divine, la légendaire drag-queen américaine. Ce parti pris lumineux n’est pas un effet de mode ; il rend justice aux jeux de travestissements qui sont au cœur d’une intrigue sans queue ni tête : dans le but d’endormir trois millions, une troupe de malandrins se fait passer successivement pour une brigade de cuisiniers, des carabiniers (dignes des gendarmes de Saint-Tropez), un corps diplomatique italien, puis la cour princière de Grenade. “Ayons l’air”, chante le chœur queer des brigands. “Dissimulons, dissimulons” vaut ici pour toute morale, par-delà bien et mal. Les intermèdes parlés (réécrits) ravivent sans peine l’actualité du livret composé en 1869, et sa causticité moquant les puissants – les arnaques de Cahuzac ou le trou de la dette dilaté par Le Maire – qui s’enrichissent de manière tout aussi peu reluisante que leurs illégaux “confrères”… sinon avec moins de panache, faute d’aigrette au chapeau et d’escopette à l’épaule. “Il faut voler selon la position sociale que l'on occupe dans la société”, entonne ainsi Falsacappa, interprété par l’admirable Marcel Beekman en diva camp. Susan Sontag décrit dans Le Style Camp cette esthétique qui mêle outrance hédoniste, provocation ironique, artifice assumé et idiotie volontaire. “Les expériences du Camp se fondent sur cette découverte importante que la sensibilité de la grande culture ne détient pas le monopole du raffinement”, écrit-elle. “Cette découverte du bon goût dans le mauvais goût a une certaine puissance libératrice. L'homme qui ne cherche que plaisirs relevés et sérieux se prive lui-même de plaisir. Il en restreint sans cesse les limites ; à trop faire la fine bouche, il se condamne à jeûner.” Heureusement, l’opéra bouffe. »