Hors-série "Blaise Pascal, l’homme face à l’infini"
Les carrosses à cinq sols de Pascal
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Cet article est issu du Hors-série n°n° 42 de Philosophie magazine « Blaise Pascal, l’homme face à l’infini », en kiosque le 01 juillet 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le 18 mars 1662 au matin, sept carrosses à huit places tirés par deux chevaux s’élancent dans Paris. Sur leur passage entre le Luxembourg et la Bastille, la foule s’enthousiasme. Conçus pour une clientèle de piétons aux revenus modestes, les carrosses à cinq sols arborent une devise programmatique : « Afin que de partout on puisse aller partout ». Pascal, son promoteur, vient d’inventer le transport public urbain.
La première « route des carrosses publics »
Proposer, pour un prix modique, des « carrosses qui feraient toujours les mêmes trajets dans Paris […] et partiraient toujours à heures réglées, quelque petit nombre de personnes qui s’y trouvassent, même à vide s’il ne se présentait personne » : l’idée germe dans l’esprit de Pascal et du duc de Roannez à la fin des années 1650. Les bases du transport en commun urbain sont jetées par ce projet novateur, avec le soutien du marquis de Crenan, grand échanson de France, et de Simon Arnauld de Pomponne, ministre de Louis XIV. Le 19 janvier 1662, le Conseil du Roi autorise la mise en circulation de ces carrosses, et en accorde le monopole à la société fondée par Pascal et ses amis, dans laquelle le philosophe a investi une grande part de sa fortune. Le prix du trajet est fixé à cinq sols [cinq sous], une somme faible au regard du coût de location d’un fiacre qui s’élevait à 2 000 sols la journée : ce nouveau moyen de transport est en effet « [destiné] aux petites gens afin de leur procurer les mêmes commodités qu'aux riches ». Inaugurée deux mois plus tard, la première « route des carrosses publics » relie le Luxembourg à la porte Saint-Antoine, desservant au passage la maison de Pascal et l’hôtel Roannez. Le succès est immédiat : « le monde était rangé sur le Pont-Neuf et dans toutes les rues pour les voir passer, et c’était une chose plaisante de voir tous les artisans cesser leur ouvrage pour les regarder », témoigne Gilberte Périer, sœur de Pascal. Les voitures, souvent pleines, défilent toutes les sept minutes et demie entre sept heures du matin et huit heures du soir.