Cécile Montplaisir. Portrait d’un honnête homme
© Tommaso Mei / Agence Neri pour PM
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Cet article est issu du numéro 25 de Philosophie magazine « 25 - hiver 2008 », en kiosque le 04 décembre 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Alors qu’elle menait une brillante carrière dans le conseil, Cécile Montplaisir a bifurqué à 33 ans vers le service public. Écœurée par les méthodes de management au service des actionnaires, elle entend défendre l’intérêt général au sein du Conseil d’État.
38 ans, Cécile Montplaisir vient d’intégrer le Conseil d’État, après des études d’ingénieur, une carrière de cadre supérieur chez Arthur Andersen, et un retour à l’école, sur les bancs de l’École nationale d’administration… De la haute finance au service public : imaginez la femme, doublée d’un honnête homme épris de connaissance. Imaginez l’enfant, grave et au front haut, qui pleure en revenant de l’école. Parce qu’elle voudrait y retourner, parce qu’elle veut tout apprendre, dit-elle à sa mère stupéfaite. Devenue ingénieure des Ponts et Chaussées, la jeune fille garde intacte cette soif de savoir. « Je préférais les mathématiques, qui cherchent la solution exacte, à la physique dont l’art consiste à savoir ce qu’il faut négliger. » L’exactitude la rassure, elle n’aime pas l’idée de quantité négligeable.
La voici, à 24 ans, recrutée par un prestigieux cabinet de conseil. Elle travaille tard dans la nuit, dans les bureaux paysagers d’Arthur Andersen. Elle enchaîne les missions, ne rentre chez elle que pour refaire sa valise. « Pendant neuf ans, raconte-t-elle, j’ai dû travailler auprès d’une centaine d’entreprises, dans plusieurs pays différents. » Dix missions par an, en moyenne. Elle portera même le voile pendant plusieurs semaines, pour l’audit financier d’une plateforme pétrolière, en Iran. Vis-à-vis de ses employés, la politique d’Arthur Andersen est celle du up or out – tu montes, ou tu prends la porte. « Très rude », commente-t-elle sobrement. Elle fait partie de ceux qui montent. Puis, ayant acquis la maîtrise des techniques financières, elle veut mettre ses connaissances à l’épreuve, et se spécialise dans le redressement d’entreprises en difficulté. Chantiers du Havre, chaussures Bata, entreprises pharmaceutiques… Et c’est le choc. Son savoir est soudain confronté à l’impuissance.