Front national / Discours
Cécile Alduy : “Marine Le Pen modernise la vision de son père, sans en changer le fond”
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Cet article est issu du numéro 88 de Philosophie magazine « Où avez-vous la tête ? », en kiosque le 26 mars 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« UMPS », « immigration pressante », « détricotage de la France », mais aussi « laïcité » et « poison ultralibéral » : le discours de la présidente du Front national brouille les pistes. Décryptage avec Cécile Alduy.
Où se situe la différence entre le discours de Marine Le Pen et celui de son père ?
Cécile Alduy : Marine Le Pen hérite de la pensée frontiste mais modifie la définition de certains concepts. Prenons le cas du « mondialisme ». Le vocable apparaît dans les années 1980 et sert dans les années 1990, après la chute du mur de Berlin, à remplacer le communisme, ancienne idéologie ennemie. Dans la bouche de Jean-Marie Le Pen, le mondialisme renvoie à une idéologie du métissage, du mélange, au fait de ne plus différencier les cultures, les identités nationales, avec une composante biologique forte. S’y exprime la hantise d’une submersion de l’identité française par l’extérieur. Marine Le Pen élimine toutes les références raciales ou ethniques en faisant du mondialisme l’équivalent de l’ultralibéralisme. D’où le succès de son discours auprès de certaines voix d’extrême gauche. Marine Le Pen reformule, modernise, sécularise la vision de son père, sans en changer le fond. Demeurent le nationalisme, l’idée d’une séparation des peuples à l’intérieur de frontières bien définies, d’une homogénéité culturelle française et occidentale.